Le bulletin de décès nous apprend que Bénoni est admis à l’hôpital royal de Salonique le 20 mars 1810. La mention manuscrite “fiévreux” est sans ambiguïté : il ne s’agit pas d’une blessure de bataille, mais d’une maladie, probablement l’une de ces fièvres terribles qui décimaient les troupes stationnées dans les Balkans : typhoïde, dysenterie, malaria…
Il meurt le 9 avril 1810. Moins de trois semaines après son admission.
Et c’est là que le mystère s’épaissit : son régiment, officiellement engagé dans la guerre d’Espagne, figure sur un acte de décès enregistré à Salonique, Macédoine ottomane. Était-il affecté à un détachement spécifique en raison de son métier de charpentier ? Faisait-il partie d’une compagnie déplacée dans les îles Ioniennes, sous contrôle français depuis 1809 ? Ou bien le bulletin reflète-t-il une erreur administrative ?
Nous ne le saurons sans doute jamais. Mais le résultat est le même : un jeune homme de Bertry, enrôlé dans la grande armée de Napoléon, s’éteint dans un hôpital lointain, perdu au bord de la mer Égée.

La mort de Bénoni Rousseau, comme celle de milliers d’autres jeunes soldats, n’a pas fait grand bruit. Pas de croix sur sa tombe, sans doute une fosse commune. Pas de retour à Bertry, pas de corps confié aux siens. Juste une mention sur un registre, noyée dans les listes interminables des morts de l’Empire.