Elle trouve son origine dans la piteuse défaite de la guerre franco-prussienne de 1870, la chute de l'empire le 4 septembre 1870 et la terrible famine, conséquence du blocus de la Capitale par les prussiens.
Philippe-Auguste évoque dans ses mémoire, la soirée du 4 septembre :
"La nuit du 4 septembre, beaucoup d’hommes ayant trop fêté la République, j'avais été chargé de garder l’Elysée, et d'en protéger les emblèmes, chefs-d’œuvre gravés dans la pierre, contre des démolisseurs stupides. J'avais aussi arraché des mains de la foule un malheureux ayant osé défendre l'Empereur, et qu’on traitait d’espion prussien, parce qu'il était blond, Alsacien, et disait pour sa défense avoir servi dans la garde impériale"
Cet évenement dont nous commémorons cette année les 150 ans, est une période insurrectionnelle de l'histoire de Paris qui dura 71 jours, du 18 mars au 28 mai 1871. Elle met face à face:
D'un côté les insurgés "communards" , essentiellement le "peuple" de Paris, des ouvriers, des employés soutenus par des intellectuels favorables aux idées de gauche. Regroupés en bataillons ils constituent la garde nationale, ou encore "les fédérés". ils refusent de reconnaître le gouvernement issu de l'Assemblée nationale, tout juste élue au suffrage universel (masculin).
De l'autre côté les loyalistes républicains, gouvernement, administration et forces de l'ordre. Le gouvernement étant replié sur Versailles on les nomme les "versaillais"
Répondant à l'appel de Gambetta : “Que chaque Français reçoive ou prenne un fusil, et qu’il se mette à la disposition de l’autorité : la patrie est en danger !" notre héros s'engage comme franc-tireur dans la guerre franco-prussienne de 1870. Un franc-tireur est un combattant qui fait partie d'un corps franc organisé pour combattre parallèlement à l'armée régulière.
Ce n'est pas un prussien qui va le terrasser mais un ennemi de l'intérieur : la variole. Lorsqu'elle déclare la guerre à la Prusse le 19 juillet 1870, la France est en proie à une épidémie particulièrement virulente, la variole hémorragique, dont le taux de mortalité est très élevé. À Paris, la maladie est endémique depuis 1865, elle y fait en moyenne 700 décès par an, mais elle devient plus virulente à partir de décembre 1869, provoquant la mort de 4 200 personnes, en six mois, jusqu’en juillet 1870. Certains historiens n'hésitent pas à affirmer que l'épidémie et l'inéficacité du vaccin, furent l'une des causes de la défaite.
Notre soldat ressent les premiers symptomes alors qu'il est à Meaux. Ne voulant pas finir au mains des prussiens, il retourne sur Paris. Son périple durera un mois. Soigné à l'hôpital du Val de Grâce Il dira " Pour un graveur, c’est moi qui fut tristement gravé. Quand, après cette histoire, je rejoignis mes compagnons de combat, si maigre et tellement défiguré que pas un ne voulait me reconnaître, je perdis mon nom, et ne fus plus appelé que : Sergent l’Ecumoire" .
Il se décide alors à épouser Désirée DEMOURET. Je redonne la parole à son ami André Gill : "Là, dans le crépuscule des salles d'agonie et le frisson somnolent de la fièvre, un fragment de journal tomba entre ses mains; il y put lire qu'on promettait des pensions aux veuves de soldats victimes du siège. Il avait une maîtresse, une pauvre fille débile, rachitique, à ce point que, nommant l'homme Agricol, nous appelions sa femme la Mayeux, une chétive créature qui s'était abandonnée éperdument à ce grand garçon. Il la fit venir, l'épousa, comptant mourir et lui laisser du pain... "

Il a trente deux ans, elle en a vingt cinq, couturière de son état d'après l'acte de mariage.
Entre la guerre et la commune Philippe-Auguste, comme ses congénères, ne touche plus de solde, c'est une vie de petites combines et d'expédients qu'il décrit : "Les gens s'arrêtaient et nous prenaient pour des fous. Mais la chose importait peu : comme nous avions l'allure de gaillards solides, on ne nous disait rien. Quelquefois, Roland, le commandant des francs tireurs de la Presse, le héros du Bourget, venait avec nous et nous étions plus dignes, car la poitrine, couverte de croix si bien gagnées, attirait tous les regards."
Les temps sont durs, les artistes tirent le diable par la queue. Plus de spectacle, plus de carricatures, l'argent se fait rare, les créanciers se font pressants. Lassé de cette existence de semi vagabond, un jour où il rencontre par hasard son ancien colonel, notre homme pense à reprendre du service dans son ancien-régiment, mes les évènements en décident autrement.
Par un jeu de relations amicales il est présenté à Raoul Rigaud qui lui propose un poste dans l'administration : « Il n’y a que deux places qui me tenteraient un peu, celle de directeur de l’Assistance publique et celle de chef de la Sûreté. » répond-t-il sous forme de boutade. L’Assistance publique venant d’être donnée, c'est ainsi qu'il obtient la Sûreté dans des circonstances qu'il qualifie lui même de fantaisistes.
Notre artiste se transforme en "poulet" :
En 1871, pendant les émeutes de la commune de Paris, beaucoup de bâtiments sont incendiés, dont le siège de la police, qui était par ailleurs vétuste. L'administration est installée dans de nouveaux locaux : une caserne sur l’île de la Cité, mise à disposition par Jules Ferry. Or, cet édifice avait été construit sur l’emplacement de l’ancien marché aux volailles… Voilà pourquoi et comment le sobriquet de poulet s’est attaché aux policiers parisiens, puis à leurs collègues dans toute la France...Jusqu’à preuve du contraire !
Il prend sa fonction très au sérieux ."Le pouvoir a du bon, le difficile est de n’en point abuser. Sans aucune vanité, je peux dire que j’occupais un poste peu commode dans ces jours de révolte...Dans les fonctions que j’ai exercées, il faut tout voir, tout entendre, résister à la corruption comme aux menaces, et s’efforcer de n’obéir qu’au sentiment de justice...Il fallait profiter de la révolution pour fonder une police honnête, estimée de tous, ne s’occupant que de faire respecter la propriété et de poursuivre les délits et les crimes.." Aussi, après la Commune, parait-il qu'on lui offrit, à plusieurs reprises, de continuer à exercer des fonctions dans la police, ce qu'il refusa formellement .
Comme pour toute ville livrée à elle-même dans des circonstances matérielles et humaines très difficiles, le nombre de crimes et délits allait croissant. La violence endémique, les esprits surchauffés, donnaient fort à faire à qui espérait maintenir un semblant d'ordre dans le chaos. Si CATTELAIN, pendant son mandat, procéda à deux arrestations politiques, il utilsa surtout son énergie à arrêter plusieurs centaines de voleurs et autres délinquants. Par ailleurs, il a plusieurs fois protégé du lynchage des "versaillais" tombés aux mains de la vindicte populaire. Il se posait au quotidien en défenseur de la veuve et de l'orphelin.
Puis fin mai, tout tourne mal pour la Commune, les forces armées loyalistes prennent et "nettoyent" une à une les barricades édifiées par les fédérés. Ils libèrent Paris quartier par quartier tel un rouleau compresseur, c'est la terrible semaine sanglante du 21 au 28. Les fédérés sont arrêtés en masse et exécutés. Il est temps, pour le chef de la sûreté, de prendre une décision :
"Nous étions embarrassés, les nouvelles étaient mauvaises, des gardes isolés se repliaient, trop faibles pour résister au nombre. Tout était perdu ! Nous donnâmes alors le conseil à ceux qui n’avaient pas pris cette précaution de se procurer des vêtements civils. A ce moment, le commissionnaire T... me remit de l’argent, dont je fis aussitôt la distribution, puis, après avoir indiqué les rues par lesquelles il était encore possible d’échapper, je fis couper ma barbe chez un coiffeur qui habitait en bas de chez moi et songeai à la fuite. C’était la fin !"