Juin 1920, quelques signes, à peine perceptibles au départ, se précisent... aucun doute, à peine mariée de deux mois, et déjà, Marie est enceinte.
C'est pour toute jeune femme un mélange de joie et de crainte. La naissance reste une épreuve. La délivrance, acte privé, se passe essentiellement entre femmes, avec l'aide d'une sage-femme. Rares sont les accouchements pratiqués par les médecins auxquels il est fait appel, parfois trop tard, si un problème majeur survient. Odile, sœur de Marie peut la rassurer, elle-même a donné naissance à une fille, la petite Raymonde, un an pus tôt.
Bien entendu l'accouchement se fera à la maison. Jusqu'au premier tiers du XXe siècle, dans les campagnes, comme en ville dans les milieux aisés, accoucher à l'hôpital est un motif de honte, y échouent essentiellement les filles-mères.
Pendant de longs mois Marie préparera le trousseau de bébé et la layette.
L'hiver 1920/1921 débute par une vague de froid. Puis, à l'inverse, on bat des records de douceur. Le temps reste ensoleillé et sec. Contrairement à l'année précédente, lors de la crue de la Seine. Maria, jeune soeur d'Eugène, domestique à Paris, leur avait raconté l'inondation, les difficultés pour circuler, la crainte que les eaux ne montent encore plus haut, comme en 1910. Rien de tout cela ce début d'année 1921. Début mars le printemps arrive avec quelques semaines d'avance, il fait près de 20° sur la moitié nord du pays.
Après de longues heures de travail, Marie accouche, à 2h de l'après-midi, d'un petit garçon. le 12 mars 1921. On l'appellera Léon, en souvenir du jeune frère d'Eugène, mort à 5 ans en 1905.
Eugène et Marie-Antoinette, nous ont laissé quelques belles photos de la famille qui s'agrandit progressivement:
Berthe est née deux ans après Léon en mars 1923. L'acte de naissance de Berthe nous apprend qu'entretemps Eugène a abandonné le métier de brodeur pour devenir agent d'assurance. Une année après Berthe en avril 1924, nait Marcelle. La photo ci-dessous prise en 1926 laisse à penser que grand-mère est à nouveau enceinte des jumelles Rolande et Laure. A ce rythme il n'est pas étonnant qu'elle semble "éteinte" et ait perdu ses jolies joues.

1926 : les enfants sont(de gauche à Droite) : Berthe, Léon et Marcelle .
1927 : Le 16 juillet naissent, rue Emile Zola où la famille a déménagé, deux petites jumelles, l'ainée est Laure, la seconde Rolande. Si l'on s'en réfère à la législation, cela signifie que Rolande vient au monde la première, suivie de Laure.
Laure semble de constitution moins fragile que Rolande, pourtant elle meurt en avril 1928 à l'âge de huit mois d'un problème pulmonaire.
C'est alors qu'Eugène et Marie-Antoinette, décident de faire photographier Rolande afin de garder un souvenir de Laure. La photo ci-dessous est donc un montage.
1930 : Léon et Berthe entre les parents puis Rolande, Marcelle et Madeleine née en 1929, sur les genoux de sa mère.
C'est la dernière photo avec les cheveux longs pour les filles, Eugène imposera une coupe plus pratique peu de temps après.

La famille quitte alors Montigny pour habiter Clary. Dans un premier temps elle réside rue de la gare, puis elle s'établit où nous l'avons connue : rue Henri Bourlet prolongée, à l'ancienne "maison des repasseuses" les tantes d'Eugène, Oladie et Cyrénie Delépine toutes deux décédées au cours de l'année 1930.
1932 : Enfin un garçon à nouveau, naissance de Sylvain. Elle sera suivie par celle d' Adrienne en 1935 et finalement Marc en 1938.
Ci-dessous photo datant de 1935 . A l'arrière-plan, de gauche à droite : Berthe, Marcelle et Léon , au milieu Madeleine et Rolande. Assis sur une malle en osier, Sylvain.
Une dernière photo datant de 1939 . La disposition des enfants est assez similaire. Tout en haut Marcelle Berthe et Léon. puis au milieu : Madeleine, Rolande et Sylvain, enfin Adrienne est debout devant Eugène et Marc assis sur les genoux de sa mère.

C'est la dernière photo officielle de la famille entière : les aînés seront bientôt en âge de se marier, la guerre dispersera la famille. Notre pauvre grand-mère n'a pas 44 ans et elle a eu 9 enfants !
Aucun d'eux n'aura une famille nombreuse.