Il était une fois, dans le paisible village de Bertry, une jeune fille prénommée Dina Virginie Poulain. Petite princesse, fille unique d'André Poulain et Virginie Mairesse, elle était née en 1839 sous les auspices d’une foi protestante fervente. Son grand-père, l’un des premiers convertis du renouveau protestant du XIXe siècle, était devenu prédicateur, et la famille Poulain, industrieuse et respectée, portait haut les valeurs de cette Église renaissante.
Non loin de là vivait un jeune homme au regard franc et au cœur vaillant : Jules François Jospin. Né en 1833, il était le fils naturel de Marie Joseph Jospin, originaire de Montigny-sur-Roc, en Belgique. Sa famille, modeste mais travailleuse, avait quitté son pays natal avant 1820, suivant le chemin incertain des émigrés pour venir s’établir à Bertry comme peigneurs de laine.
C’est peut-être à l’atelier où ils travaillaient ou au détour d’une rue, que Jules et Dina se croisèrent pour la première fois. Le jeune homme tomba sous le charme et devint son plus ardent chevalier servant.
Mais Jules était catholique, et Dina protestante. Si la toute jeune Église réformée ouvrait volontiers ses portes à ceux qui souhaitaient la rejoindre, la conversion d’un catholique pour l’amour d’une protestante ne manqua pas d’éveiller les conversations dans le village.
- L’amour serait-il plus fort que la famille ?
Jules, lui, ne douta pas. Comme Henri IV avant lui, qui avait troqué sa foi pour une couronne, il se dit : « Dina vaut bien un baptême. ». Il embrassa la religion de sa bien-aimée et c’est ainsi que, sous le regard bienveillant des deux communautés, Jules et Dina se marièrent et eurent beaucoup d’enfants.
A Bertry, l’on parla longtemps de ce catholique devenu protestant par amour… et l’on en parle encore aujourd’hui ! Car Jules et Dina fondèrent une famille nombreuse, et parmi leurs descendants naquit un homme qui marqua la vie politique française : Lionel Jospin, arrière-petit-fils du couple.