Louis Saignez est admis à l’hôpital de Gand le 29 octobre 1809.
Il y meurt le 6 novembre suivant, à l’âge de vingt et un ans, « par suite de typhus », selon les termes mêmes de l’extrait mortuaire.
Il ne meurt pas en héros, au combat, sous le feu ennemi.
Il meurt de ce que l’Empire inflige aussi à ses soldats : l’usure des corps, la maladie, l’abandon silencieux.
Son décès est consigné avec soin par l’administration militaire. L’écriture est nette, précise. Le document est conforme. Tout est en règle.
Mais aucune ligne ne dit l’homme.
Rien ne retrace ses peurs, l’isolement d’un jeune corps affaibli, les nuits passées dans une salle inconnue, entouré de souffrance. L’ldée confuse qu'il ne rentrera pas, qu'il ne reverra ni sa famille ni son village.
Il ne reste de lui qu’un nom, parfois mal orthographié, et cet extrait mortuaire soigneusement rédigé par l’administration. Pourtant, derrière cette écriture appliquée, il y a un jeune homme de vingt et un ans, arraché à son village, dont la vie s’est éteinte loin des siens, sans bruit, sans gloire.
Louis Saignez n’a pas fait l’Histoire.
Mais l’Histoire, elle, s’est faite sur lui.