Scieur de long
Le soyeu d'long, et la soyarde
Chez nous, une scie, c’était une soyarde. Parmi les métiers d'autrefois, celui de scieur de long — ou soyeu d’long, comme on le nommait dans le patois local. — reste une rareté dans le Cambrésis. Aucun ne figure parmi mes ancetres locaux ou leurs collatéraux. Le seul scieur de Long qui apparait dans mon arbre, est un Picard — du Vermandois. Le Cambrésis, terre de plaines et de cultures, n’avait ni les forêts ni la tradition pour nourrir ce métier. Alors on faisait appel à ces hommes de passage, venus souvent du centre de la France, autour du Massif Central.
Lorsqu'ils arrivaient dans nos campagnes, leur première tâche était d'ériger un abri. Une sorte de hutte à l’orée des bois, près des sabotiers ou des charbonniers, quatre murs de planches mal équarries, une porte d'entrée et aucune fenêtre. Ue toit, fait de branches entrelacées et de chevrons grossiers, recouvert de mottes de terre retournée, et un trou pour évacuer la fumée.
Le travail s’organisait en duo.
Le chevrier, perché en équilibre précaire sur le billot, chaussé de lourds sabots cloutés, dirigeait la scie à cadre — la niargue — généreusement enduite de graisse de porc pour faciliter la coupe.
En bas, le renardier, courbé sous le poids de l’effort, tirait la lame vers le sol, tandis que la sciure pleuvait sur son large chapeau de feutre. Le chevrier, maître de la précision, veillait à suivre les traits tracés sur le bois, garantissant des planches droites comme des i. À mi-chemin, on retournait le billot pour achever la découpe, jusqu’à ce que les entailles se rejoignent, libérant les planches encore soudées, qui s’écartaient d’elles-mêmes en tombant.
En une journée de douze à quinze heures, ces artisans pouvaient produire une vingtaine de planches de douze pieds de long sur six pouces de large.
La complainte des soyeux d’long
Un chant populaire qui a traversé les siècles transmis de génération en génération.
Les paroles se sont modifiées suivant les régions, avec une constante : les refrains sont formés d'onomatopées évoquant le bruit de la scie.
« Il n’y a pas d’gens si fiers, La kon gré, lon la, Par mindiou ! Las tondiou ! La kon gré, par mindiou ! La lon la ! »
« Y'a rien d'aussi habile, Congréé lon la, Barbagnat ! Berdingué ! Réponds : crrré.... ! »

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Date de dernière mise à jour : Ven 13 mars 2026
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