Ici vécut une famille aimante, unie, balayée par la folie nazie. Une adresse comme tant d’autres, un immeuble dans le 11e arrondissement de Paris, devenu malgré lui témoin silencieux de l’un des innombrables drames de la Shoah. La famille Ventura-Valero y vivait paisiblement, jusqu’à ce que l’Histoire, impitoyable, vienne frapper à sa porte.
Je ne connaissais pas cette famille.
Je ne leur suis rien — pas même une lointaine parente, pas une descendante. J'ai découvert leur drame en travaillant sur le dossier de la famille Angel-Elnekave dont ils sont des cousins.
Cette photo est pour moi l’incarnation absolue de la barbarie nazie
Joseph, dit Jojo, est né à Paris le 15 février 1932.
Élève brillant, toujours premier de sa classe, il fréquentait l’école primaire de la rue des Boulets dans le 11e arrondissement de Paris. Sérieux, réservé, un peu grave déjà, il avait cette intelligence vive et appliquée des enfants qui comprennent très tôt que tout peut basculer.
Mais ce qui le distinguait surtout, c’était son rôle de grand frère protecteur. L'arrivée tardive, quasi inespérée de cette petite sœur l'avait comblé de bonheur.
Colette, née à Paris le 18 août 1939, n’aura connu que la guerre.
Elle n’aura pas eu le temps d’aller à l’école, ni de jouer sur un banc du square.
Et pourtant, elle rayonne.
Sur la photo, elle ressemble à une poupée, avec son petit manteau foncé bordé de fourrure blanche. Elle rit à pleines dents, insouciante, légère, confiante dans le monde et dans son grand frère, à qui elle se serre de près.