Hernès Wanecq ( 1870-1914)
Hermès ou Ernest
Les registres d’état civil feignent la précision. Noms, dates, signatures : des vies gravée à l’encre sur le papier. Pourtant, une syllabe oubliée, un accent trahi, suffisent à révéler l’origine, la langue, l’émotion d’un instant.
J’imagine Fleurisse Wanecq, venu déclarer la naissance de sin fiu Ernes, ce 27 mai 1870, à Bertry. Avec son accent du Cambrésis, le t final d’Ernest s’est sans doute effacé. Le scribe, appliqué, note Hernès. Mais Hernès n’existe pas vraiment. Alors, plus tard, on lira Hermès, comme le messager des dieux. Mais le fils de Fleurisse Wanecq et Anne Halle, restera Ernest pour sa famille et ses proches.
Enfance à Bertry, jeunesse à Caudry
Fleurisse, (second prénom du père devenu prénom d’usage, vestige probable des années révolutionnaires.) est tondeur de moutons puis matelassier, il incarne un monde de travail modeste. Hernès grandit au sein d’une fratrie de huit enfants. D’abord à Bertry puis à Caudry, lorsque la petite ville connait un essor incomparable. Entre la génération d’Antoine Fleurisse Wanecq et celle de ses descendants, une ascension discrète, mais réelle, s’esquisse : aux métiers humbles succèdent peu à peu ceux de l’artisanat et du petit commerce. Le parcours d’Hernès en sera témoin.
À vingt ans, il ne se contente pas du service militaire obligatoire : il s’engage volontairement dans l’infanterie, en 1890. À une époque où l’armée peut servir de tremplin, ce choix scelle le début d’une ascension sociale. Il s’y distingue par sa rigueur, son application, sa fiabilité. Sergent en octobre 1891, adjudant au début de 1896, il s’impose comme l’un de ces sous-officiers sur lesquels on peut compter.
A Calais
La vie civile le retrouve ensuite à Calais, en 1906, où il exerce comme artisan fabricant, de dentelle.
Il y partage son existence avec Marguerite Swerry, née à Saint-Omer en 1876.
Leur mariage, célébré en 1910, est tardif et entouré de proches : son frère Camille Wanecq et son beau-frère Fernand Bachy apposent leurs signatures sur les registres.
Le couple n’aura pas d’enfants, mais construit une vie solide, faite de travail et de routines partagées.
Tout va basculer à l’été 1914.
la guerre
Le 1ᵉʳ août, le décret de mobilisation générale est affiché à Paris, place de la Concorde. L’information se propage comme une traînée de poudre. De village en village, les cloches sonnent le tocsin. La France entre en guerre.
Rappelé « à l’activité », Hernès rejoint le 7ᵉ régiment d’infanterie territoriale le 2 août. À quarante-quatre ans, il endosse de nouveau l’uniforme. Sous-officier supérieur, on attend de lui qu’il encadre, qu’il entraîne, qu’il mène les hommes au combat. Il trouve la mort lors du siège de Lille, porte d’Arras, le 12 octobre 1914. Ces jours-là, la ville est écrasée sous les bombardements. Les ordres se contredisent, les communications s’interrompent, la résistance s’organise dans le chaos. Quand le drapeau blanc est hissé sur la tour de la Treille, une partie de Lille n’est plus que ruines, et des civils comme des soldats gisent sur le sol.
Hernès Wanecq est déclaré « tué à l’ennemi ». Ni médaille ni citation ne viendront honorer sa mémoire. Seule subsiste cette mention définitive : « Mort pour la France ».
Conclusion
L’administration, lente et méthodique, ne préviendra officiellement sa famille qu’en septembre 1917.
Trois années d’attente, de silence, d’hypothèses sans réponse.
Tout avait commencé par un malentendu, une syllabe égarée.
Tout s’achève par quelques lettres gravées dans la pierre.
Aujourd’hui, son nom figure sur le monument aux morts de Calais.
Pour information : Fleurisse Wanecq, père d'Hernès, est un des neveux de mon aïeul Alcide Wanecq

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Date de dernière mise à jour : Mar 27 jan 2026
Commentaires
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- 1. GALY Le Mer 28 jan 2026
Camille WANECQ, frère d'Hermès - Ernest est le grand père de ma maman.
Histoire très émouvante. Je te remercie sincèrement et vivement pour ces recherches menées.
Salutations cousins !-
- Dominique LENGLETLe Jeu 29 jan 2026
Bonjour cousin que je ne connais pas. Merci pour ce message, je te contacte en MP, je vais prochainement écrire l'article concernant Camille. bonne journée.
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- 2. P Ringot Le Mer 28 jan 2026
Bonsoir,
Merci pour votre lien qui m'a permis de recoller quelques petits "morceaux" de mon arbre.
Bravo pour votre site !
Bonne soirée
Patrice -
- 3. Dumont Didier Le Mer 28 jan 2026
Bonjour,
Belle histoire, bien racontée et détaillée .
De mon côté, mon arrière grand père, lui, s'est battu sur le front de l'Yser et en revenu. 7chevrons (ancienneté au Front), ce qui est loin d'être courant. Je ne l'ai pas connu. Il a reconnu ma grand mère mais si en réalité il n'était pas son père biologique (on l'a appris passé l'an 2010), la grand mère étant née en 1912.
Comme quoi les histoires de famille n'ont pas de frontière (je suis de Belgique).
Bien à vous,
D.D. -
- 4. Jean-Luc DUMOULIN Le Mar 27 jan 2026
Tu peux le dire que c'est dommage, surtout qu'ils ont bien "déconné", il suffit de lire la table de 1870; où le prénom est bien "Ernest" ! Tu crois pas que le secrétaire ou celui qui a écrit l'acte aurait pu le rectifier, même en présence de deux témoins si c'était en fin d'année... ça se fait normalement ...
Bisous quand même. -
- 5. bmichel Le Mar 27 jan 2026
J'ai adoré cette histoire. Faute d'orthographe mais tellement plus original.
Heureuse de faire un peu partie de cette chronique par le biais du beau-frère, Fernand BACHY.
Béatrice BACHY (ep MICHEL)
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