Henri Gury, fauché par la guerre

Henri Gury, fauché dans la Marne à vingt-huit ans

Né à Clary le 10 juillet 1886, Henri Gury était maréchal des logis à la 2e batterie du 17e régiment d’artillerie.

Le 8 septembre 1914, au tout début de la Grande Guerre, il meurt par suite de blessures sur le champ de bataille, entre Scrupt et Blesme, près de Vitry-le-François.

Le benjamin d’une fratrie de neuf enfants tombait ainsi dans l’un des premiers grands chocs de la guerre.

Son portrait montre un jeune homme au visage encore lisse, au regard net, à la tenue soignée. Il y a dans cette image une jeunesse intacte, saisie avant le fracas.

 

Henri Gury

Crédit photo : Paul Lempereur

Un jeune homme de Clary

Henri Gury est le fils de Rigobert Gury et d’Angélique Philomène Lecompte. Il grandit à Clary, dans une famille nombreuse de neuf enfants : Rose, Jules, Louis, Rigobert, Flore, Charles, Georges, Paul et lui, Henri. Il en est le plus jeune. Il apprend le métier de tisseur sans être pour autant étranger au monde agricole. Dans le Cambrésis, ce cumul est alors fréquent : beaucoup de familles vivent à la fois du tissage et de quelques arpents de terre, deux activités complémentaires selon les saisons, mais dont aucune ne permet, seule, de faire vivre toute une maison.

Comme beaucoup de jeunes hommes de son milieu, Henri Gury entre tôt dans le monde du travail. Son degré d’instruction n’est pas mentionné dans sa fiche matricule. Mais son parcours dans l’artillerie, jusqu’au grade de maréchal des logis, laisse penser qu’il possédait au moins l’instruction pratique indispensable au service : lire, écrire, compter, suivre un ordre, en rendre compte et encadrer des hommes.

En février 1907, il s’engage dans l’armée pour trois ans, puis se rengage plusieurs fois. Au moment où la guerre éclate, il est maréchal des logis à la 2e batterie du 17e régiment d’artillerie. Il n’est plus un novice : il est déjà un sous-officier, un homme d’encadrement, chargé de tenir les siens dans l’épreuve.

Le 17e régiment d’artillerie dans la bataille

Au début de septembre 1914, le 17e régiment d’artillerie de campagne est engagé dans la grande bataille de la Marne. Son historique indique que, dès le 6 septembre, le régiment se met en batterie entre Blesmes et Montoy. Pendant plusieurs jours, les batteries tirent sans relâche sur les troupes allemandes qui franchissent l’Ornain et gagnent du terrain. Le texte régimentaire insiste sur la continuité du feu, la fatigue des hommes et la pression qui pèse sur une division très exposée. Historique du 17e RAC.

Dans le secteur de Vitry-le-François, ces combats s’inscrivent dans ce que l’on appelle la bataille de Vitry, l’un des volets de la première bataille de la Marne. Entre le 6 et le 9 septembre 1914, les affrontements y sont particulièrement violents. Les attaques allemandes sont incessantes, les positions françaises tiennent au prix d’un effort extrême, et le 9 septembre marque à l’échelle générale le moment où la bataille commence à basculer. Mais sur le terrain, cela ne change rien à l’immédiateté du drame : on continue d’y mourir dans la fumée, l’épuisement et les décombres. Bataille de Vitry

Le 8 septembre 1914

L’acte de décès est sans détour. Il indique qu’Henri Gury est mort le 8 septembre 1914, par suite de blessures, à 15 heures, sur le champ de bataille entre Scrupt et Blesme, près de Vitry-le-François. En quelques lignes, le registre enferme tout ce que la guerre vient de briser : la jeunesse d’un homme, les espoirs d’une famille, l’avenir qui s’ouvrait encore devant lui.

Henri tombe ainsi dans les tout premiers jours de la guerre de mouvement, avant même les longues années de tranchées. Il meurt à vingt-huit ans, dans une bataille où l’artillerie joue un rôle central et où les hommes du 17e régiment servent sous une tension extrême. L’historique du régiment le mentionne d’ailleurs parmi les morts de la 2e batterie dans ce secteur de la Marne. Historique du 17e RAC

D’abord inhumé dans une sépulture provisoire, près du lieu où il était tombé, entre Scrupt et Blesme, Henri Gury sera ensuite transféré à la nécropole nationale de Vitry-le-François lors de sa création, en 1921. Il repose désormais dans cette terre de Marne où tant d’hommes furent fauchés au début de la Grande Guerre.

 

Une guerre qui frappe toute une famille

Henri était le benjamin. Sa mort ouvre, pour les siens, une blessure qui ne s’arrêtera pas là. Son frère aîné Louis mourra lui aussi en 1917, à Granville, dans la Manche. Des trois frères engagés dans la guerre, Paul sera le seul à survivre.

Cette seule fratrie dit déjà ce que fut 1914-1918 pour tant de familles françaises : non pas une suite de grandes dates, mais une lente destruction des maisons, mais une lente destruction des maisons, des villages, des bois et des terres rendues incultes parce que labourées par les obus et chargées de morts ; des lignées brisées, des espérances anéanties, toute une jeunesse sacrifiée, forces vives de la nation, laissant derrière elle des veuves, des parents endeuillés et des milliers d’orphelins.

La première bataille de la Marne fut l’un des premiers grands massacres du conflit. Les historiens y voient l’entrée dans une guerre totale, industrielle, d’une violence foudroyante. Le choc de septembre 1914 fut immense ; les pertes françaises des premières semaines de guerre furent déjà terribles. Henri Gury appartient à cette jeunesse emportée presque d’un seul coup, au moment où le pays commençait seulement à comprendre ce qui s’ouvrait devant lui. Chemins de mémoire

Le poids d’une image

Cette photographie de fratrie est bouleversante. On y voit trois hommes debout, en uniforme, droits, assurés, presque confiants. Elle porte encore quelque chose de l’état d’esprit de l’été 1914 : beaucoup partaient en croyant la campagne courte, persuadés qu’il faudrait battre les Prussiens et que l’on rentrerait bientôt, peut-être même à temps pour reprendre le cours ordinaire de la vie. Dans des familles comme la leur, le souvenir de 1870 n’avait jamais disparu. Louis, l’aîné, était né l’année de la défaite ; ses frères avaient grandi dans cette mémoire, dans cette humiliation transmise, dans ce désir de revanche qui avait formé tant de consciences françaises avant la guerre.

Louis Paul et Henri Gury

Louis, Paul et Henri Gury (e gauche à droite). Crédit photo : Paul Lempereur.

En connaissant la suite, la photographie prend une force particulière : parmi les trois frères engagés dans la guerre, Paul sera le seul survivant.

 

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Date de dernière mise à jour : Tue 07 Apr 2026

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Commentaires

  • VERONIQUE ESPECHE

    1 VERONIQUE ESPECHE Le Ven 10 avr 2026

    Un fratrie de plus durement touchée par l'horreur de la guerre ... très belle photo

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