Le délégué du Gouvernement, M. Poulain, ouvre la cérémonie en rappelant la peine qu’il éprouve à raviver le souvenir d’une disparition si douloureuse, mais souligne qu’il s’agit d’un devoir : celui d’honorer un soldat tombé au champ d’honneur. Il évoque Geneviève Halle, la mère du lieutenant, et la souffrance toujours vive des familles.
Le discours retrace le parcours militaire d’Eugène : mobilisé dès les premiers jours de la guerre, il combat d’abord en Belgique, participe à la bataille de la Marne et défend les Marais de Saint-Gond à la tête de la 24ᵉ Compagnie. Sa correspondance avec ses cousins, citée en plusieurs passages, révèle un officier exposé aux actions les plus intenses, engagé en première ligne et témoin de lourdes pertes au sein de son régiment.
Ces lettres montrent un homme courageux, animé d’un profond sens du devoir, mais aussi d’une grande humanité : il encourage les siens malgré les privations, décrit les longues heures d’attente sous les bombardements, et s’inquiète du sort des familles restées sous la domination ennemie.
Plus encore, elles témoignent de sa bonté : il s’intéresse aux malheureux, facilite les démarches pour les plus démunis, intervient pour aider les blessés, et tente d’apporter douceur et consolation à ceux qui l’entourent.
M. Poulain insiste sur la noblesse de son caractère : soldat vaillant, officier exemplaire, homme charitable jusqu’à son dernier jour. Il rappelle les circonstances de sa mort, le 24 février 1916, à huit heures du matin, tué à son poste de combat devant Verdun, fauché par un obus de 420 mm.
La citation accompagnant sa décoration souligne qu’Eugène a maintenu sa compagnie dans les tranchées sous un bombardement d’une extrême violence, avant d’être mortellement blessé.
Le discours s’achève sur la remise officielle de la Croix de la Légion d’Honneur à titre posthume, distinction accordée par l’arrêté ministériel du 13 décembre 1921. Elle doit, dit-on, apporter aux familles endeuillées un peu de réconfort — bien mince face à l’absence, mais empreint de gratitude nationale.