« Ma petite Dominique.
Nous savons que tu écris l’histoire de notre famille, cela nous touche beaucoup, nous te suivons régulièrement.
Tu rédiges un article sur les élections, pourquoi n’en profiterais-tu pas pour parler de ce pauvre Eugène, le cousin de mon Célestin ?
Le père d’Eugène, François Roch DASCOTTE etait un tisseur né en 1835 à Clary (Nord), en 1858 il avait épousé Joséphine LEVEQUE, une jeune fille de Maretz, le village voisin. Ils eurent onze enfants, Eugène était leur aîné, né en 1856. Tu remarqueras qu' ils avaient fêté Pâques avant les Rameaux !
Eugène a marié Aurélie LABBE en 1882, ils ont eu deux filles. Ils étaient ouvriers tisseurs. Il y a eu beaucoup d’usines textiles à Maretz depuis le XIXe siècle, notamment les textiles de « Haute Nouveauté », une production destinée à la haute couture.
Le 16 juin 1901, nous étions sous la troisième République, des élections municipales complémentaires avaient été organisées par suite d’un recours de procédure concernant l’élection du Maire en 1900. Deux camps, deux visions du monde local s’opposaient et se présentèrent aux suffrages: à droite un candidat du Parti Nationaliste, souverainiste, antidreyfusard qui deviendra l’Action Française soutenu par le monde agricole et à gauche un candidat du Parti Républicain, radical socialiste, soutenu par les ouvriers des différents ateliers textiles.
Les DASCOTTE, ouvriers soutenaient le candidat de gauche.
Les campagnes électorales sont souvent virulentes, et les tensions, au lieu de s’apaiser le jour du vote ne font que s’exacerber. En fin de journée les esprits sont échauffés et les incidents se multiplient, insultes, bagarres. C'est ce qui arriva.
On ne sait pas vraiment comment les faits se déroulèrent mais toujours est-il qu' Eugène DASCOTTE reçut un coup de couteau dans le ventre.
Il fut transporté à l’hôpital de Cambrai mais il mourut de ses blessures trois jours plus tard.
Voilà une bien triste affaire, mourir à quarante-quatre ans pour de la politique. Les hommes sont fous.
Il parait qu’il avait eu le temps et la force de dénoncer son assassin avant de mourir, mais je ne sais pas qui il est. Tu le trouveras peut-être.
J’espère pouvoir bientôt lire ton histoire. Oncle Célestin et moi t’embrassons bien fort.
Tante Olive DASCOTTE. »