Cetait au temps ...

Petits anges, messagers du ciel ?

Depuis quelques semaines j’ai retrouvé, avec plaisir, la généalogie pure, un temps délaissée au profit de l’écriture de mon livre. Je me promène dans mon arbre, de branche en branche, un peu au hasard, au gré de mes découvertes, complétant une fiche individuelle par-ci, ajoutant un élément de fratrie par-là.

Le jour du rendez-vous ancestral mensuel est arrivé, vous en connaissez le principe maintenant. C’est un voyage virtuel dans le passé, à la rencontre d’un ancêtre qui a, inconsciemment, attiré notre attention. Mon pot à crayon fétiche, le Portoloin, ne m’a jamais abandonnée, laissée en rade.

Faisons-lui confiance. En route !

Eglise montigny 2

Je prends pied à Montigny en Cambrésis, à deux kilomètres de mon village natal, ce n’est pas "Rendez-vous en terre inconnue" ! Par deux fois déjà j’y ai rencontré mes aïeux Lefort, aurai-je la chance, aujourd'hui, de rencontrer ceux de la branche Tamboise ?

Les cloches sonnent à la volée alors qu’une foule compacte sort de la vieille église. La brume épaisse du matin qui s’est estompée a laissé place à la grisaille laiteuse, opaque des journées de novembre. Le froid et l’humidité me transpercent. Je déteste ce mois qui, dans le Nord, porte atteinte au moral, « dépression saisonnière » comme disent les médecins. Chaudement vêtus, les paroissiens endimanchés qui ont assisté à la grand-messe s’attardent sur le perron afin de se saluer et d’échanger quelques nouvelles. Tout naturellement, je me rapproche d'un petit groupe, ces braves gens doivent avoir reconnu sur mon visage un air de famille, s’ils ne savent pas trop qui je suis, ils me perçoivent comme l’une des leurs.

Cure

Soudain une porte claque, le curé en habit sacerdotal, sort brusquement de l’église accompagné de deux enfants de chœur, il file à grandes enjambées, sans un regard pour quiconque. Les deux garçonnets suivent comme ils peuvent, portant une croix et un encensoir.

Je réprime un sourire, n’ayant pu m’empêcher de penser à Fernandel, le Don Camillo de ma jeunesse. Je ne devrais pas.

L’homme de Dieu a charge d’âmes, il doit confesser et absoudre les pêchés de ses ouailles avant qu’elles ne passent de vie à trépas et leur donner l'extrême-onction.

 

 

 

Marchand vaches

« C’est encore pour le Berlaimont. Au matin, ses pov’ petiots y étotent au plus mal, qué grin malheur ! »

Je ne connais pas de famille Berlaimont à Montigny, aurais-je mal entendu ? La suite de la conversation m'aide à comprendre qu’il s’agit d’un sobriquet. Le prêtre se rend auprès du marchand de vaches,  Henri Tamboise et son épouse, Valentine François. Deux de leurs enfants sont au plus mal. Cette information va me permettre de situer l’année, nous sommes en 1832.

Immédiatement je pense à l’épidémie de choléra qui sévit en France depuis le mois d’avril et qui, finalement fera plus de 100 000 morts en moins d’un an. Serais-je, serions-nous en danger ? Je réfléchis et me souviens de ce que j’en ai lu. L’épidémie est plus ou moins restée confinée  dans les quartiers ouvriers, populeux et sans hygiène, des villes comme Cambrai ou Douai.

 

Vacin variole

Une autre maladie, tout aussi redoutable, fait encore des ravages dans la population, la variole.

Le vaccin a bien été découvert au tout début du siècle, mais il n’est pas encore dispensé à l’ensemble de la population. Ce virus d’origine animale, qui s’est progressivement adapté à l’homme, touche surtout les enfants et les adolescents.

Les enfants Tamboise sont-ils affectés par cette maladie, par une fièvre, une diarrhée ou autre éruption cutanée qu’on ne sait soigner, si ce n’est par des potions à base de plantes ?

 

un ange

J’apprends rapidement que ce n’est pas, hélas, la première fois que cette famille est touchée dans sa chair par la mort d’un enfant. Leur premier-né Isaï, est mort huit jours seulement après sa venue au monde en décembre 1821. Son cadet, Théophile a vu le jour en avril 1824, il s’est éteint au bout d’un mois. Puis ce fut Marie Anne, en janvier 1829 ; ce petit ange ne se posa ici-bas que pendant trois jours. Enfin, ils ont perdu la petite Rosalie ; tout juste âgée de 13 mois lorsqu'ils l'ont portée en terre l’an dernier, en 1831, .

Aujourd’hui, 18 novembre 1832, leur fils Henri, petit bonhomme de sept ans perd la vie et l’état de santé de leur fille Victoire est critique. La mère, désemparée, assiste impuissante à la souffrance des jeunes malades. N’y a-t-il rien qui puisse les sauver ? Sont-ils promis à une mort inéluctable ?

Les malheureux parents, Henri et Valentine, se sont abîmés en prières à la Vierge Marie. Ils ont eu recours aux offrandes à Ste Rita, à St Antoine de Padoue .

Les larmes aux yeux, je préfère m’éloigner, je sais que rien n’y fera. Trois jours plus tard, le 21 novembre 1832, La jeune Victoire suivra son frère dans la tombe.

N’en finiront-ils jamais d’enterrer leurs petits ? Doivent-ils se résigner ? Heureusement il leur reste la foi et les paroles consolatrices du prêtre : leur enfant, Dieu l’a donné, Dieu l’a repris.

Arbre

Dans la fratrie deux enfants survivront et assureront la descendance de la famille : Agathe née en 1826 et un nouveau petit Henri qui verra le jour en 1834. Ce dernier sera le grand-père de mon grand-oncle Paul Grière.

Me reviennent en mémoire ces mots de Jules Michelet en 1859 :

 

 «  le berceau est pour la plupart des enfants un petit moment de lumière entre la nuit et la nuit »

 

Ci-dessous, la descendance du couple : les familles Vandermoeten et Grière

Descendance henri tamboise

 

 

 

 

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Date de dernière mise à jour : Ven 17 mai 2024

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Commentaires

  • Aline DOLE
    Je n'ose imaginer la souffrance de ces parents, de perdre leurs enfants les uns après les autres
  • Fanny-Nésida
    • 2. Fanny-Nésida Le Sam 18 nov 2023
    La citation est judicieusement choisie, on a tous dans nos arbres des familles qui perdent plusieurs petiots
    • Dominique LENGLET
      • Dominique LENGLETLe Dim 19 nov 2023
      Merci Fanny. Pour une fois que je n'ai pas cité Victor Hugo, quelqu'un le remarque :-)
  • Christiane Bruneau
    Tu as Don Camillo, et moi j'ai presque Peponne !

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