Retour sur la fin du XVIè siècle : La Réforme et la guerre civile dans le Cambrésis (1566–1567)
Au milieu du XVIe siècle, la Réforme protestante se répand dans les Pays-Bas espagnols, entraînant tensions et conflits. Marguerite de Parme, gouvernante des Pays-Bas au nom du roi Philippe II d’Espagne, tente d’apaiser les dissensions. Elle cède aux pressions de Guillaume d’Orange en renvoyant les troupes espagnoles et en écartant le cardinal Granvelle, très impopulaire. Pourtant, le roi Philippe II reste sourd aux appels à la tolérance et au respect des anciennes libertés locales, notamment en maintenant les édits contre les protestants et en imposant des évêques choisis par la couronne.
En Cambrésis, région alors neutre, le protestantisme trouve un terrain favorable. Des réfugiés y affluent, notamment à Saint-Souplet, Prémont, Honnechy ou Tupigny, où des prêches réformés sont organisés dès 1564. Cependant, cette diffusion inquiète l’archevêque de Cambrai, Mgr Maximilien de Berghes, qui reste modéré et cherche à contenir les tensions par la douceur et la prière. Mais la situation s’envenime. En avril 1566, un groupe de nobles réclame le retour aux libertés communales. Moqués comme des "gueux", ils adoptent ce surnom comme symbole de lutte. Le pays s’embrase : églises pillées, statues détruites. Le Cateau n’échappe pas à cette fièvre. Le ministre protestant Jean Leseur, escorté par des arquebusiers français, arrive aux portes de la ville le 27 juillet. C’est le début de la rébellion.
Le 5 août 1566, le châtelain du Cateau est destitué, puis les échevins. Les protestants prennent le contrôle de la ville, remplacent les autorités, transforment l’église Saint-Martin en temple, établissent un consistoire et une justice calviniste. Des faubourgs surgissent les émeutiers les plus virulents : ils attaquent Montay, détruisent l’hôpital de Saint-Ladre, pillent couvents et églises. Le pouvoir catholique est chassé, les prêtres malmenés.
Mgr de Berghes, impuissant, demande du renfort à Marguerite de Parme. Il avertit Philippe II que, sans action rapide, il perdra les Pays-Bas. En attendant, il conseille aux catholiques de fuir la ville, la justice étant suspendue. Le 25 mars 1567, le prélat lance l’offensive. Une troupe de 200 soldats cambrésiens, accompagnée de seigneurs et de bourgeois fidèles, fait jonction avec les forces du comte de Mansfeld. La ville est prise sans combat majeur. La répression est sévère. Dix-huit rebelles sont exécutés : Jean Leseur est pendu, d’autres décapités ou pendus aux jours suivants. En tout, 207 habitants sont bannis, leurs biens confisqués. La ville est ramenée sous l’autorité catholique, mais ce coup de force laisse des traces durables de division religieuse et de haine entre voisins.
Dans les décennies qui suivent la répression de 1567, Le Cateau reste marqué par les cicatrices de la Réforme. La ville, sous autorité espagnole, est solidement réaffirmée dans le giron catholique, tandis que la Contre-Réforme, menée par les archevêques de Cambrai, y impose peu à peu une restauration religieuse rigoureuse.
Mais la paix est fragile. À partir de 1595, la guerre franco-espagnole ravage les frontières du Hainaut : pillages, occupations successives, famine. Le Cateau, ville stratégique, voit passer tour à tour les troupes d’Henri IV, puis celles d’Albert d’Autriche. La trêve des Douze Ans (1609) apporte un répit, vite interrompu par les tensions renaissantes. Vers 1630, la ville n’est plus qu’un pion dans le grand échiquier des puissances, promise à d’autres bouleversements que seule la paix des traités apaisera.