Cetait au temps ...

Perruquier

Au détour des archives, un mot m’a arrêtée : perruquier. Cinq fois, dans des actes du XIXe siècle, cette profession apparaît. Dans des villages ruraux du Nord où, comme ailleurs, les perruques poudrées de Versailles n’ont plus cours depuis la Révolution, comment expliquer cette survivance ? Archaïsme linguistique ou réalité méconnue ?

le barbier chirurgien

Après le Moyen Âge, les pratiques semblent bien établies. Les hommes se font couper les cheveux et raser chez un professionnel ; les femmes, elles, se font coiffer à domicile.

Ces tâches relèvent alors d’une même corporation : celle des barbiers-chirurgiens. On y rase, on y coupe, mais on y saigne aussi, on y soigne, on y pratique de petits actes médicaux.

Peu à peu, à mesure que la chirurgie se spécialise et se théorise, les chirurgiens abandonnent ces gestes jugés secondaires à ceux dont la formation est plus modeste.

Par un édit de novembre 1691, Louis XIV entérine cette évolution. Il distingue officiellement la communauté des barbiers-chirurgiens, et celle des barbiers-baigneurs-étuvistes-perruquiers, ces derniers se déplaçant notamment à domicile.

barbier chirurgien

le perruquier

chez le perruquier

Le perruquier devient alors un métier à part entière, spécialisé dans l’entretien du cheveu et dans la fabrication des perruques, qui connaissent alors leur apogée. La mode de la perruque gagne toutes les classes dominantes : courtisans, bourgeois, magistrats, jusqu’aux ecclésiastiques.

Il serait tentant d’imaginer le peuple coiffé à la va-vite, cheveux rasés ou coupés au bol, la coupe Jeanne d’Arc, ou selon les références, coupe Jacques Ouille la Fripouille. Cette image n’est pas fausse… mais elle est réductrice. Certes, les coupes sont simples, fonctionnelles, sans recherche esthétique. Mais les hommes du peuple — artisans, ouvriers, paysans — ne vivent pas hirsutes. Être propre et rasé (ou correctement barbu) est une norme, pas un luxe réservé aux élites. Et ce soin passe, le plus souvent, par un professionnel.

Jeanne d arc

On le sait grâce aux témoignages du XVe siècle : la véritable pucelle d’Orléans d’Arc a choisi non seulement de porter des habits d’hommes – chose qui lui sera notamment reprochée lors de son procès –, mais de se faire tailler les cheveux au bol, suivant une technique qu’explique l’historien Olivier Bouzy 

« On coupe tout ce qui se trouve en dessous du niveau de la frange, on rase la nuque et le tour des oreilles pour aboutir à une sorte de calotte occupant le haut du crâne. »

Toutefois, au XIXe siècle, alors que le culte de Jeanne d’Arc devient central dans la mythologie républicaine puis catholique, impossible de représenter la figure héroïsée avec des cheveux courts, considérés comme provoquants.

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le perruquier coiffeur

Au XIXe siècle, dans les bourgs et villages, le perruquier est devenu un « perruquier-coiffeur », souvent aussi barbier. Il travaille vite, pour peu cher, et reçoit des hommes de toutes conditions. Un acte de mariage de 1883 éclaire parfaitement cette transition. Le marié y est qualifié de « perruquier coiffeur ». Cette double appellation dit tout à la fois l’héritage de l’ancien métier et son adaptation à une pratique devenue quotidienne. Le mot perruquier demeure, par tradition ; coiffeur s’ajoute progressivement pour s’y substituer totalement au XXe siècle.

 

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Date de dernière mise à jour : Ven 23 jan 2026

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Commentaires

  • Briqueloup
    • 1. Briqueloup Le Ven 23 jan 2026
    Certains métiers nous semblent bien insolites de nos jours.
    J'ai bien aimé inscrire dans ma généalogie un perruquier à Mons, en Belgique, à la fin du 18e siècle.

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