L’oncle Adolphe, en réalité, n’était pas tout à fait notre oncle. Il appartenait à la génération de ma mère, de ses frères et sœurs. Et surtout… il ne s’appelait pas Adolphe. Ce n’était que son deuxième prénom. Le premier, celui de l’état civil, c’était Porphyre. Mais ça, il aura fallu que je me plonge dans les registres pour le découvrir – et ensuite, que je bataille ferme pour en convaincre le reste de la famille !
“Porphyre ? Mais non, tu confonds. Il s’appelait Adolphe ! Porphyre, c’était notre grand-père…”
Eh oui. Et pourtant, les archives sont formelles : Adolphe s’appelait bien Porphyre, tout comme son père. Mais allez donc faire entendre raison à une mémoire collective têtue, forgée par des années de souvenirs, de vacances partagées, de photos annotées au crayon derrière le cliché !
Je garde de lui un vague souvenir. C’était à l’enterrement de mon grand-père, en 1970. J’étais jeune, un peu à côté de la cérémonie, contente de revoir mes cousins et cousines. En dehors de mes grands-parents, les personnes agées m'étaient étrangères, des gens du siècle précédent. Ce viel homme qui avançait péniblement du fond de l'église, le souffle rauque, comme une vieille locomotive à bout de force.C'était "l'oncle Adolphe", m'avait dit ma mère. Dans mon regard impîtoyable et cruel d'adolescente, j’avais pensé :" il en fait des tonnes, celui-là." — C'est terrible, alors qu'aujourd'hui je suis plus âgée qi'il n'était à son décès —