Mais imaginez-vous une seconde dans une maison catésienne pendant ces trois jours-là. Pas d’abri, pas de cave de béton, pas de sirène. Juste les boulets qui sifflent, les tuiles qui s’envolent, et les voisins qu’on n’ose plus aller voir. Pour les habitants, peu importe le drapeau qui flotte le quatrième jour : ils avaient déjà tout perdu.Entre-deux — Cinq années de va-et-vient
Cinq ans s’écoulent. Cinq ans de marches, de contre-marches, de garnisons qui passent, de paysans qui fuient, de récoltes pillées. Et autour, ça flambe : à Honnecourt, le 26 mai 1642, 27 000 Espagnols du gouverneur Dom Francisco de Mello écrasent 10 000 Français du maréchal de Guiche. Le Cambrésis tremble. Paris s’affole.
Et c’est là que tout bascule.
Septembre 1642 — Le comte de Harcourt fait du Cateau une ruine
La décision tombe, glaciale : puisqu’on ne peut pas garder la ville à coup sûr, qu’elle ne serve plus à personne. Le comte de Harcourt reçoit l’ordre.
Et il l’exécute jusqu’au bout. Une vieille chronique le dit en quatre mots terribles : Le Cateau est détruit « tant par ce qui touche les remparts que les églises, monastères et maisons ».
Les remparts ? À terre. Les églises ? Profanées et abattues. Les monastères ? Rasés. Les maisons ? Réduites au sol.
Le Cateau n’est plus une ville. C’est un champ de pierres.
Et après ?
Pendant deux ans, la ville reste déserte. Pas d’habitants. Pas de marché. Pas de Saint-Matthieu. Pas de cloches. Rien. Imaginez la place du Cateau sans personne, où plus rien ne bouge sauf les corbeaux.
Ce n’est qu’à partir de 1644 que quelques familles osent revenir. Mais la ville ne se relèvera jamais tout à fait à l’identique : ses remparts, eux, ne seront jamais reconstruits. Les vestiges que vous croisez encore aujourd’hui, rue des Remparts, sont les cicatrices de ce mois de septembre 1642.
Et pourtant… la guerre, elle, n’est pas finie. Il faudra encore patienter trente-six ans avant que le Cambrésis devienne enfin français.