Guerre France-Espagne 1635 : Le Cambrésis sous le feu

1635, Le Cateau dans la tourmente

Le Ven 22 mai 2026 0

Dans Histoire locale et traditions

Le Cambrésis en première ligne d’un “champ de bataille continuel”

La guerre franco-espagnole 1635-1659 a profondément marqué le Cambrésis et le Catésis, qui se retrouvent en première ligne, à la frontière des Pays-Bas espagnols.

La première chose à retenir, c’est la position géographique : le Cambrésis se trouve juste à la frontière entre la France et les Pays-Bas espagnols. Les sources locales le formulent très clairement : Le Cateau est situé “sur cette route de la Picardie qui allait être le continuel champ de bataille”, et la ville est “aussi maltraitée que le Vermandois et la Champagne”.

Voici un court feuilleton en trois épisodes.

19 mai 1635. Louis XIII et Richelieu déclarent la guerre à l’Espagne. (1/3)

À Paris, on parle stratégie, alliances, équilibre européen. Chez nous, dans le Cambrésis et le Catésis, on n’a pas besoin qu’on nous explique : la guerre arrive de nouveau par la grand-route.

Car notre petit pays a un défaut majeur en 1635 : il est pile sur la frontière. D’un côté, la France. De l’autre, les Pays-Bas espagnols. Et entre les deux… nous. Le Cateau, Bertry, Clary, Troisvilles, Cambrai, tous les villages alentour vont devenir ce qu’une vieille chronique appelle, sans détour, « un continuel champ de bataille ». 

Pays tourmente

Et ça ne traîne pas. Dès l’été 1635, on signale partout des brigandages : à Cantaing, à Crèvecœur, à Honnecourt. Les soldats désertent, pillent, rançonnent, brûlent. Pas besoin d’être assiégé pour souffrir : il suffit d’avoir un poulailler, une grange, ou une fille à marier.

Au Cateau, la situation est encore plus tordue. La ville n’est pas française. Elle dépend de l’archevêque de Cambrai, prince d’Empire. Alors le prélat tente un coup malin : faire reconnaître la neutralité de sa ville.

Richelieu dit oui… à condition que l’Espagne dise oui aussi. Bruxelles dit non. Fin de la neutralité.

Et là, tout s’enchaîne. En 1636, une garnison espagnole s’installe au Cateau, sous les ordres d’un certain capitaine Gonzalès. Les habitants n’ont rien demandé : ils héritent d’une troupe étrangère à nourrir, à loger, à supporter.

Le Cateau est devenu une pièce sur l’échiquier. Et il ne le sait pas encore, mais le pire est devant lui.

Le Cateau encerclé

Le Cateau tombe en cendres (2/3)

Juillet 1637 — Le canon du duc de Candale

Côté français, on n’aime pas l’idée qu’une place du Cambrésis serve de point d’appui aux Espagnols. Alors Richelieu envoie le duc de Candale.

L’affaire est expéditive : trois jours de bombardement, et la ville tombe. Adieu Gonzalès, adieu garnison espagnole. Le Cateau change de drapeau.

Duc de candale

Mais imaginez-vous une seconde dans une maison catésienne pendant ces trois jours-là. Pas d’abri, pas de cave de béton, pas de sirène. Juste les boulets qui sifflent, les tuiles qui s’envolent, et les voisins qu’on n’ose plus aller voir. Pour les habitants, peu importe le drapeau qui flotte le quatrième jour : ils avaient déjà tout perdu.Entre-deux — Cinq années de va-et-vient

Septembre 1642

Cinq ans s’écoulent. Cinq ans de marches, de contre-marches, de garnisons qui passent, de paysans qui fuient, de récoltes pillées. Et autour, ça flambe : à Honnecourt, le 26 mai 1642, 27 000 Espagnols du gouverneur Dom Francisco de Mello écrasent 10 000 Français du maréchal de Guiche. Le Cambrésis tremble. Paris s’affole.

Et c’est là que tout bascule.

Septembre 1642 — Henri de Lorraine, Comte d'Harcourt fait du Cateau une ruine

La décision tombe, glaciale : puisqu’on ne peut pas garder la ville à coup sûr, qu’elle ne serve plus à personne. Le comte de Harcourt reçoit l’ordre.

Et il l’exécute jusqu’au bout. Une vieille chronique le dit en quatre mots terribles : Le Cateau est détruit « tant par ce qui touche les remparts que les églises, monastères et maisons ».

Henri Lorraine Comte Harcourt

Les remparts ? À terre. Les églises ? Profanées et abattues. Les monastères ? Rasés. Les maisons ? Réduites au sol.

Le Cateau n’est plus une ville. C’est un champ de pierres.

Et après ?

Pendant deux ans, la ville reste déserte. Pas d’habitants. Pas de marché. Pas de Saint-Matthieu. Pas de cloches. Rien. Imaginez la place du Cateau sans personne, où plus rien ne bouge sauf les corbeaux.

Ce n’est qu’à partir de 1644 que quelques familles osent revenir. Mais la ville ne se relèvera jamais tout à fait à l’identique : ses remparts, eux, ne seront jamais reconstruits. Les vestiges que vous croisez encore aujourd’hui, rue des Remparts, sont les cicatrices de ce mois de septembre 1642.

Et pourtant… la guerre, elle, n’est pas finie. Il faudra encore patienter trente-six ans avant que le Cambrésis devienne enfin français.

La longue patience du Cambrésis (3/3)

Mai 1643 — Rocroi, l’éclair français

Huit mois à peine après la destruction du Cateau, le 19 mai 1643, à Rocroi, dans les Ardennes voisines, un jeune duc de vingt-deux ans, le duc d’Enghien, futur Grand Condé, écrase l’armée espagnole. Les fameux tercios, l’infanterie réputée invincible depuis un siècle et demi, sont brisés.

Pour les chroniqueurs, c’est un tournant majeur de l’histoire militaire européenne. Pour les Catésiens revenus s’installer dans les ruines en 1644, c’est… des nouvelles dans le vent. Rocroi est loin. Et la guerre, elle, continue de passer chez eux.

Pour en savoir plus sur la bataille de Rocroi, voir mon article ICI

Rocroi conde espagne abonne

1649, 1656-1657 — Cambrai résiste

À deux reprises, les Français tentent de prendre Cambrai. Et à deux reprises, ils échouent.

Le 24 juin 1649, le comte d’Harcourt — celui-là même qui avait rasé Le Cateau — investit Cambrai sur ordre de Mazarin. Mais la garnison espagnole tient bon. Le 3 juillet, Harcourt lève le siège et se replie sur Crèvecœur. Échec.

En 1656-1657, c’est au tour de Turenne, l’un des plus grands stratèges du siècle, de se présenter devant Cambrai. Nouvel échec.

Pendant ce temps, dans tout le Cambrésis, les villages continuent de subir : passages de troupes, réquisitions, pillages. La guerre s’éternise.

1659 — La paix officielle… qui n’est pas la nôtre

Le 7 novembre 1659, la France et l’Espagne signent enfin la paix des Pyrénées. Officiellement, la grande guerre franco-espagnole est terminée. À Paris, à Madrid, on respire. Mais, la paix des grands n’est pas la paix des petits.

Ouvrez la carte : le Cambrésis, archevêché, reste espagnol. Oh ce n'est pas que la population s'en plaint ! elle n'aspire pas particulièrement à devenir française. Bref, pour notre petit pays, rien ne change, il reste  une proie.

Et, effectivement, le 24 mars 1677, Louis XIV en personne met le siège devant Cambrai. l'histoire je vous l'ai racontée par ailleurs. L’année suivante, le 17 septembre 1678, le traité de Nimègue formalise l’affaire : le Cambrésis et Le Cateau deviennent officiellement français. Le rattachement est acquis. Certains historiens locaux soulignent cependant que les Cambrésiens sont déçus de devenir français après 143 ans d’administration ibérique. 

Conclusion

Si vos pas vous mènent au Cateau,  passez donc  rue des Remparts. Vous y croiserez les quelques pierres encore debout des fortifications, vous verrez les vestiges d’une vieille douleur. Celle d’une ville qui, pendant près d’un siècle et demi, a été le jouet des plus grands rois d’Europe.

Notre triangle de villages — Bertry, Clary, Troisvilles — gravite depuis toujours autour du Cateau, sa foire, son marché, ses cloches. Mais avant qu’il redevienne ce centre tranquille de nos vies de pays, il aura fallu qu’il survive à tout cela. À Gonzalès. À Candale. À Harcourt. À l’étau du lys et de l’aigle.

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