La paix revenue, Edmond raccroche l’uniforme et reprend son métier de peintre, retrouvant l’atelier familial et un rythme de vie plus serein. C’est dans ce contexte de reconstruction, au fil des jours plus calmes et des projets d’avenir, que la famille s’agrandit peu à peu. Viendront deux autres fils : Jean‑François, né en 1947, puis Jean‑Jacques, en 1953.
Les années passent. Berthe et Edmond vivent alors tout près de Léon et Marcelline, ce qui entretient une belle proximité familiale. Un autre membre de la fratrie Delépine, Sylvain, vient lui aussi s’installer en Loire‑Atlantique. Les frères et sœurs de Berthe, bien qu’éloignés, viennent souvent en visite pendant les vacances : les liens ne se sont jamais rompus.
Et, en bonne fille du Nord, Berthe a toujours à cœur d’offrir « un bon jus » à ses visiteurs — cette manière bien de chez nous de désigner le café, servi avec générosité et chaleur.
En 1959, un drame frappe la famille de plein fouet : Jean‑Pierre, l’aîné des garçons, s’éteint à seulement seize ans, emporté par une leucémie qui, à l’époque, ne se soigne pas encore. La douleur est immense, mais c’est sa foi profonde qui permettra à Berthe de ne pas sombrer dans le désespoir.
La vie poursuit malgré tout son cours. En 1970, le couple a la joie de marier leur fils Jean‑François. Mais à peine un an plus tard, presque jour pour jour, le 2 juillet 1971, Edmond s’éteint à son tour, après une longue et douloureuse maladie. Il n’a que 54 ans et n’aura pas eu la chance de connaître ses petits‑enfants. Berthe continue alors seule le chemin. Courageuse, elle passe son permis de conduire pour gagner en autonomie, tandis que le dernier de ses fils quitte bientôt la maison pour s’établir en Suisse et poursuivre ses études.
Elle, qui possédait une voix extraordinaire, pleine de clarté et d’émotion, restera active au sein de sa paroisse et chantera longtemps dans la chorale locale.
Peu à peu, cependant, ses enfants constatent qu’elle est atteinte par cette maladie qui a touché plusieurs membres de la fratrie Delépine : Alzheimer. Lorsqu’elle perd son autonomie, elle quitte son domicile pour une maison de retraite de Nantes
Elle s’y éteint paisiblement le 20 mars 2006.
