Eugène Delepine

Matricule 2024.

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Cheveux châtains, yeux gris-bleu, front droit, nez petit, visage ovale, 1,73 m : tel est le signalement d’Eugène Delépine lorsque l’armée l’appelle sous les drapeaux, le 28 novembre 1913. Il est alors incorporé comme canonnier servant de 2e classe au 39e régiment d’artillerie de campagne.

Lorsque la guerre éclate, en août 1914, il effectue déjà son service militaire : comme beaucoup de jeunes hommes de sa génération, il entre sans transition dans la guerre

Au sein du 39e RAC, Eugène connaît les grands champs de bataille de la guerre. Son régiment est engagé en Lorraine, à Morhange en 1914, puis en Artois en 1915, dans le secteur de Neuville-Saint-Vaast et de Vimy, avant de passer par la Champagne.

 

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Comme tous les artilleurs français, il sert une arme dont le canon de 75 est l’un des atouts majeurs : rapide, précis, redoutable, il symbolise longtemps l’efficacité de l’artillerie française. Mais cette supériorité technique ne suffit pas à épargner aux hommes la violence extrême des combats ni l’usure d’une guerre devenue interminable.

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En 1916, le régiment d’Eugène est engagé à Verdun. De cette bataille, il ne dira presque rien. À ses enfants comme à son épouse, il gardera le silence, comme si Verdun appartenait à l’indicible. Ce mutisme en dit souvent plus que de longs récits : il témoigne de ce que tant d’anciens combattants ont emporté avec eux, sans parvenir à le formuler

L’année 1917 marque un tournant. Alors que l’armée française entre dans une période de crise profonde, faite de lassitude, de colère et, bientôt, de refus collectifs d’obéissance, Eugène connaît lui aussi un épisode grave de sa vie militaire. Le 13 mars 1917, le conseil de guerre de la 39e division d’infanterie le condamne à quatre ans de prison avec sursis pour voies de fait envers un supérieur.

1917

Si cette condamnation est antérieure à la phase culminante des mutineries de mai-juin 1917,  elle s’inscrit bien dans ce climat de tension extrême qui traverse alors l’armée française. Deux ans plus tard, le 24 octobre 1919, Eugène sera amnistié et réhabilité par le tribunal d’Amiens.

Quelques mois plus tard, le 4 juin 1917, il est blessé au mollet droit. Les documents conservés indiquent une plaie pénétrante par éclat d’obus : au cours d’un tir, un obus éclate prématurément à la bouche de la pièce. Évacué, Eugène reste éloigné du front jusqu’au 7 septembre 1917. Cette blessure sera officiellement reconnue ; un certificat du dépôt du 39e régiment d’artillerie, daté du 9 juin 1918, lui accorde le droit au port de l’insigne spécial des blessés de guerre.

Lorsqu’il rejoint le service actif, Eugène n’est plus affecté à la pièce mais aux transmissions, comme téléphoniste-télégraphiste. Cette fonction est essentielle : dans la guerre moderne, la liaison entre les observateurs, les postes de commandement et les batteries conditionne l’efficacité du tir et la survie même des hommes.

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C’est dans ce rôle qu’il se distingue. Le 15 novembre 1917, il reçoit une citation à l’ordre du régiment, accompagnée de la Croix de guerre avec étoile de bronze. Le texte de la citation souligne « l’entrain et la bravoure » d’un téléphoniste qui, sous de violents bombardements, répare ses lignes « avec un absolu mépris du danger », notamment le 17 octobre, où il force « l’admiration de tous ». Ainsi, le même homme qui avait été condamné quelques mois plus tôt est ensuite distingué pour son courage : tout le paradoxe de la guerre est là, dans cette trajectoire brisée puis relevée.

Nommé brigadier en avril 1918, Eugène obtient une permission qu’il passe chez sa sœur Félicie Richard, réfugiée à Les Ponts-de-Cé, dans le Maine-et-Loire. Après l’armistice du 11 novembre 1918, la démobilisation est lente pour les survivants. Eugène ne retrouve définitivement la vie civile que le 10 août 1919

Le parcours d’Eugène Delépine résume à lui seul une part de la vérité de la Grande Guerre. Artilleur plongé dans les plus durs combats, condamné en pleine crise de 1917, blessé puis cité pour sa bravoure, il porte en lui les contradictions d’une génération éprouvée par quatre années de guerre.

Blessé, Eugène ne demanda jamais de pension, convaincu qu’il n’avait fait que son devoir. En revanche, il conserva toute sa vie les documents liés à son parcours militaire. Ce simple fait révèle, au-delà du silence et de la retenue, un attachement profond à cette part de son existence. 

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Date de dernière mise à jour : Thu 16 Apr 2026

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