A la recherche du temps perdu....

Pauvre Joséphine

Alors que je rangeais d’anciennes photos, je tombai sur mon album « bicentenaire de la révolution ». Comme beaucoup de communes, nous avions, en 1989, commémoré cette date avec les enfants des écoles, organisé un grand défilé costumé suivi d’un spectacle.

Je rêvassais en repensant à ces moments festifs, bien loin de la réalité que nous étions censés représenter, quand je fus happée par le passé. Je repris pied à Bertry, mon village natal, face à  une simple masure  la « maison commune ».

Maire 1795Sur le pas de la porte un homme en tenue d’apparat attendait visiblement quelqu’un, je décidais de patienter avec lui. Je l'avais aisément identifié à son écharpe, il s’agissait du maire.  Je me trouvais face à Ferdinand TAINE (officier public de 1798 à 1804) J’eus vite fait de gagner sa confiance en lui parlant de notre famille commune. - En réalité il était l’arrière-grand-oncle de mon arrière-grand-père Fruit !  j’évitais d’entrer si avant dans le détail -

La glace rompue, Ferdinand me confia sa fierté d’assurer la charge de maire républicain. Un rouage indispensable entre les citoyens et l’état. Il avait été nommé à cette fonction par le préfet du département.

C’est à lui que revenait la tenue des registres d’état civil (naissances, mariages, décès) prérogative autrefois dévolue aux curés. Il était en outre, chargé de multiples fonctions administratives, dont celle de célébrer les mariages civils.

 Bertry en l an 2 001Il faudrait prochainement penser à construire une vraie mairie à la hauteur de la fonction…Avant, tout se passait dans l'église, Dorénavant les assemblées municipales devraient se dérouler dans une salle dédiée.

( Ce sera fait plusieurs décennies plus tard, un important édifice servant à la fois de mairie et d’école sera construit sur une terre récupérée à l’Abbaye de Saint Aubert, pendant la révolution. Curieusement à une certaine époque, postérieure à 1900, au fronton du bâtiment on pourra lire non pas Liberté - Egalité - Fraternité mais Travail – Justice – Humanité)

En ce jour, s’il avait revêtu son bel uniforme et ceint l’écharpe tricolore, c’était pour célébrer l’union de deux citoyens : Antoine WANECQ et Joséphine FAREZ, dont nous attendions l’arrivée.

Nous étions « le 28e jour du mois de vendémiaire de l’an neuvième de la République » ( autrement dit le 20 octobre 1800). Le pays sortait à peine des années noires de la révolution. De cet interminable cauchemar fait de violence, de haine, de peur mais aussi d’espoir.

Le premier consul napoléon Bonaparte avait pris le pouvoir et tentait de mettre fin aux périodes d’incertitude précédentes en mettant en place de nouvelles institutions administratives. Cependant, sa légitimité restait contestée et son autorité ne plaisait pas à tous. Ferdinand Taine redoutait  de nouvelles vicissitudes.

A l’annonce des noms évoqués par mon interlocuteur, j’avoue avoir perdu beaucoup d’intérêt pour son propos sur la politique et la fonction de maire : Ces deux personnages étant de ma famille, il me fallait profiter de cette opportunité pour en savoir plus sur eux.

Ce ne fut pas compliqué de l’amener à faire digression, Joséphine étant sa petite-nièce, la fille de sa nièce Marie Thérèse SOMAIN.

La petiote, âgée de 25 ans, était la benjamine des  quatre enfants de Fernand FARÉ et Marie Thérèse. - Le maire me fit remarquer, qu' à compter de la naissance de ces enfants FARÉ etait devenu FAREZ.

 Joséphine n’avait que 8 ans au décès de sa mère. C’est l’aînée de la famille qui avait élevé la fratrie. Au fil des années, la benjamine avait pris le relais. Elle s’était occupée de son père jamais remarié. Il « avait passé » deux ans plus tôt.

Et voilà maintenant qu’elle se mariait avec un vieux,  presque deux fois plus âgé , un « étranger »  déjà deux fois veuf et chargé de cinq enfants.

Antoine WANECQ venait de Beaurain, petit village du Solesmois. Il avait épousé en premières noces Marie Anne Somain, une sœur de Marie Thérèse la mère de Joséphine. Cela faisait jaser une certaine partie du village. On ne « marie » pas sa nièce (on n’épouse pas). Scandale. Cela ne se serait pas passé comme ça avant la république et son mariage civil !

Antoine avait eu quatre enfants avec sa première épouse. Elle était décédée à trente-trois ans en mettant le dernier au monde. Puis il avait eu deux fils de sa seconde épouse Caroline BASQUIN, morte à trente-neuf ans. Et aujourd’hui il allait épouser sa nièce par alliance.

Ferdinand TAINE s’inquiétait de la situation économique précaire du couple dont il allait ratifier l’union : Antoine et Joséphine  étaient tous deux journaliers, il louaient leurs bras aux censiers en fonction des besoins mais aussi des aléas climatiques. Antoine avait beau être « fort comme un turc » l’argent était toujours incertain. Quant à Joséphine il y a fort à parier qu’elle serait rapidement grosse, ce qui signifierait une bouche de plus à nourrir et une paie de moins.

 A ce moment précis les deux citoyens firent leur apparition au coin de la rue. J’eus le temps d’entrevoir la silhouette massive d’Antoine et celle gracile de la future mariée. J’étais très émue, ainsi c’était elle l’arrière-grand-mère de mon arrière-grand-mère ! C’est alors que je revins brusquement dans le présent avant d’avoir pu entrer en contact avec elle.

1800 mariage wanecq x farez

Epilogue :

L’union du couple fut féconde : sept enfants naquirent entre 1802 et 1815. Trois ne vécurent pas. Je descends de leur premier enfant : Jean Baptiste. Joséphine mourut moins d’un an après la naissance de son septième enfant en 1816. Elle n'avait que quarante et un an. Son mari lui survécut cinq années.

Au total, sur les neuf enfants en vie d'Antoine, les quatre fils furent à l’origine de tous les WANECQ, de Bertry, Clary et Montigny. 

Note généalogique : les FAREZ de Bertry, Clary et Montigny descendent tous du couple Jehan FARÉ x Marthe De LIMAL (entre 1530 et 1600) - Source : Cambrésis terre d'histoire N° 11. Dans le cas précis Joséphine est la petite fille de Pierre FARE de Clary, marié à Pierronne DELHAYE

Pour mémoire le Rendez-Vous Ancestral est un exercice qui permet de mêler fiction et réalité. Si le texte se base sur les données généalogiques réelles, les dialogues et les sentiments prêtés aux protagonistes sont issus de mon imagination.

Marie 1905

Date de dernière mise à jour : 21/01/2022

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