Archange Furgerot naît à Clary le 9 novembre 1868, dans une modeste maison où l’on vit du tissage, comme tant d’autres foyers du Cambrésis. Elle est la fille aînée d’Émile Eugène Furgerot, tisseur, et d’Archange Lecompte, dont elle hérite le prénom, comme un doux présage.
Elle épouse Porphyre Delépine le 30 novembre 1889, et selon l’expression populaire, « ils ont fêté Pâques avant les Rameaux » : leur première fille, Félicie, voit le jour dès le mois de juin suivant. De cette union naîtront douze enfants entre 1890 et 1908, dont dix survivront, ce qui, pour l’époque, tient presque du miracle. Archange est ménagère – c’est ainsi qu’on la désignait alors –, mais derrière ce mot modeste se cache une vie de labeur, d’organisation, de soins prodigués sans relâche à sa ribambelle d’enfants.
Elle s’éteint en 1942, en pleine guerre, dans un pays coupé en deux, fracturé par l’Occupation. Ses enfants et petits-enfants, réfugiés en Bretagne, n’obtiendront pas l’autorisation de franchir la ligne interdite pour venir à ses obsèques. Ce chagrin-là resta longtemps niché dans les cœurs : celui de ne pas avoir pu lui dire adieu.
Ses petits-enfants chérissaient dans leurs souvenirs, une grand-mère douce et aimante, une présence apaisante au cœur d’un quotidien souvent rude. Elle portait bien son nom, disait-on : la grand-mère Archange, c’était un ange, tout simplement.