
À cette époque, on envoyait encore beaucoup de cartes postales. Ce n’était pas tant pour faire envie qu’une question de bonnes manières : pas de téléphone portable, si l’on n’envoyait pas une carte, c’était le scandale assuré ! On part, on oublie ses amis… et voilà la famille qui râle parce qu’on n’a pas donné de nouvelles... C’était un autre siècle !
Parmi ces cartes, il y en a une que j’ai toujours trouvée amusante. Une vue tout à fait classique de la plage du Crotoy : cabines alignées, parasols bariolés, baigneurs et voitures d’époque. Rien de bien original… sauf un détail savoureux. Ma mère, concentrée sur le choix de la carte, n’avait pas remarqué qu’elle figurait elle-même sur ladite carte, en maillot, vue de dos, dans le coin inférieur droit. C’est seulement lorsque les destinataires de la carte la lui ont renvoyée qu’elle a découvert la surprise : ils avaient pris soin d’encadrer sa silhouette au stylo bleu, comme pour dire : « Nous t’avons repérée ! »
Aujourd’hui encore, je la regarde avec un sourire ému. Oui, c’est bien elle, incontestablement ma mère, saisie par hasard, l'année précédente, dans ce moment de bonheur ordinaire. Et, au-delà de cette photo, je pense toujours avec tendresse– et une pointe de nostalgie – à ces bouquets de lilas de mer que nous allions cueillir et qui, l’hiver venu, continuaient d’ensoleiller notre maison.