A la recherche du temps perdu....

Haïm Elnecave dit Vitali

Vitali Elnekave

Haïm Elnekave est  l' oncle maternel d'Esther Angel, le frère de Louise épouse Salomon.

C'est essentiellement par quelques correspondances que nous pouvons retracer les dernières années de sa vie. j'ai ici retranscrit les lettres qui m'ont été prétées par Solange Michon sa nièce (Fille de Nelly).vitali-elnecave.jpg

Né le 25 avril 1905 à Constantinople, il est le seul garçon de la famille.

 Il a 4 soeurs : Régine (1898) Nelly (1903) Sarah (1904) et Louise (1906)

IL exerce la profession de Vendeur de parapluies sur les marchés avec son beau-frère Victor Valero, époux de Régine. les "parapluies " c'est une histoire de famille : le père Joseph, tenait une boutique de parapluies à Montreuil. 3 des  filles,  Régine, Nelly et Sarah y travaillaient : elle réparaient les parapluies, dont certains étaient revendus sur les marchés.

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Il habite le même immeuble que sa maman (son père est décédé en 1927) et que la famille Bonfil - sa soeur Sarah - au 79, rue St Maur . ( Esther BonFil sa nièce :"Je me souviens très bien de lui, je l'adorais et je recevais en retour beaucoup de marques d'affection de sa part.  Lorsque j'avais 4-5 ans, il m' avait acheté une sorte de petite "glacière sur roues" je me baladais avec jusqu'au square Parmentier et proposais des glaces faites de sable mouillé à ceux qui voulaient bien jouer le jeu..".)

Il est célibataire . Propos de sa nièce Esther, fille de Sarah :"J'entendais la famille s'attrister sur son sort. Il avait plus de 30 ans et était encore célibataire. Il avait comme il se devait alors dans les familles juives honorables de Turquie, vu enfin mariées toutes ses soeurs  avant de penser à fonder son propre foyer"

Mobilisé en 39 et démobilisé à l'armistice de 1940.  ci dessous, avec un camarade dont nous ignorons l'identité.vitali-elnecave-et.un camarade.jpg

C'est à ce moment que commence sa correspondance. : Il envoie une lettre à Victor Ventura, son beau-frère (époux de Régine) alors qu'il loge chez des amis à Marseilles : 

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Vitali semble d'un naturel plutôt optimiste, et veut croire en des temps meilleurs proches. Cependant la situation ne fera que se durcir et les difficutés familiales d'ordre financier vont s'accroitre avec les lois contre le travail des juifs.

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Il est arreté à Paris lors de  la rafle du 20 août 41

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C'est à l'occasion de cette 1ere rafle qu'est mis en service le Camp de Drancy, alors que rien n'est prévu pour recevoir les arrivants.  Comme en témoignent les archives de Seine St Denis :

"A Drancy, lorsqu’arrivent les victimes de la seconde rafle d’août 1941, l’improvisationest dramatique. Le préfet de la Seine n’a pu faire livrer que 1200 lits superposés, sanspaillasse ni couverture pour les 4 200 premiers internés. Les détenus manquent de tout, n’ayant pu emmener de bagages....Les colis alimentaires sont tout d’abord interdits. Au bout de quelques semaines, les fenêtres des chambrées sont peintes en bleu pour éviter toute communicationavec l’extérieur, notamment avec les familles. Aussi, très vite, la famine règne, comme le marché noir, alimenté par les gendarmes qui surveillent le camp. La dysenterie et les poux se propagent. Les premiers morts sont enregistrés fin octobre...Les Juifs sont internés à 50 ou 60 par pièce où ils doivent rester, sans rien faire, avec seulement la possibilité de sortir une heure par jour. Un, puis deux appels rythment la journée....Pour se laver, les 5 000 détenus, internés de 1941-1942, n’ont que 20 robinets à leur disposition. La vermine se multiplie, les internés sont dévorés par les poux et les punaises. Les fenêtres ferment mal et le vent s’engouffre dans les chambrées. Puis Quelques améliorations viennent corriger les carences initiales : d’autres lits arrivent et des douches sont installées. La Croix-Rouge puis l’UGIF (l’Union générale des Israélites de France) peuvent assurer des livraisons alors que les colis individuels  sont autorisés à partir de novembre 1941. Les internés peuvent écrire une carte postale tous les quinze jours...."

Vitali envoie une carte à sa mère en février 42. il lui explique pourquoi il ne peut pas écrire souvent : il doit donner priorité à sa soeur Nelly à laquelle il envoie les bons pour réception des colis alimentaires...pour le reste, ses propos se veulent rassurants pour sa famille et la situation qu'il décrit est bien loin de la triste réalité qu'il endure.

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Une nouvelle carte en date du 15 mai 1942, toujours adressée à sa maman et à sa soeur Régine, la famille  s'est réfugiée dans le sud de la France :

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Nelly, son époux Michel et leur petite fille Solange, sont restés à Paris c'est pourquoi Nelly s'occupe des colis et du linge de son jeune frère. Fin 43, sur l'insistance des autres membres de la famille, Solange est également envoyée dans le sud de la France. Nelly et Michel restent seuls à Paris. ils seront déportés en février 1944. Ils ne reviendront pas.

Vitali envoie à nouveau une carte à sa maman le 02 août 1942. Il y a près d'un an qu'il est prisonnier dans le camp...

Archives de Seine Saint Denis : 

"Au camp, le quotidien n’est plus scandé que par les départs. A chaque fois, le même dispositifse répète. La veille, le chef d’escalier lit la liste des partants. Le lendemain matin, ils ont la tête rasée, sont fouillés et isolés dans une partie spécifique du camp où ils reçoivent un dernier repas et peuvent écrire une carte postale. Dès le soir ou le lendemain matin, c’est le départ en bus ou en camions pour la gare du Bourget où ils sont embarqués dans des wagons à bestiaux. Du fait d’une législation allemande anti-juive complexe, des accords politiques passés avec Vichy et de la nécessité de préserver certains Juifs ressortissants de puissances encore amies, les nazis ont élaboré différentes catégories de « déportables » et de « non déportables ». A Drancy, ces derniers sont installés dans une « réserve », où les SS puisent pourtant lorsqu’un convoi est incomplet. L’angoisse de la déportation pèse pour tous.Les mères essayent de faire prendre en charge leurs enfants par des associations, les malades ont peur d’être guéris et de devoir partir, certains essayent de corrompre leurs gardiens alors que d’autres se portent volontaires pour ne pas être séparés de leurs proches..."

La dernier écrit de Vitali est une lettre adressée à Nelly.  Non datée, l'enveloppe étant perdue, nous n'en connaissons pas la date exacte, à la diffférence des cartes postales précédentes. Vitali a eu connaissance de l'arrestation de la famille de sa soeur (pour mémoire, Léa Louise Salomon est appelée Lucy par ses frères et soeurs)

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Après plus d'an an passé à Drancy,  Vitali partira par le convoi 34, le 18 septembre 1942, c'est à dire par le même convoi que sa petite soeur Louise. on peut raisonnablement se demander s'il s'agit d'une coincidence ou s'il a délibérament choisi d'accompagner sa soeur et ses neveux.

 

 

Date de dernière mise à jour : 13/11/2020

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Commentaires

  • Wurtz Solange
    • 1. Wurtz Solange Le 31/03/2013
    Je ne t'oublierai pas. Tes efforts pour cacher la vérité sur ta détention étaient admirables. Ils ont pu peut-être tranquiliser ta mère, ma grand mère,jusqu'au bout.
  • Wurtz Solange
    • 2. Wurtz Solange Le 31/03/2013
    Je n'aurai jamais eu ses bonbons. Ma mère l'a rejoint, elle qui l'a accompagné, en lui envoyant des colis jusqu'au bout.
  • Wurtz Solange
    • 3. Wurtz Solange Le 31/03/2013
    Il a minimisé la situation qu'il subissait à Drancy, pour ne pas effrayer sa famille. Il n'as pas oublié la fille de sa soeur, ma maman Nelly, qui l'a accompagné jusqu'au bout avant de le rejoindre.
  • Wurtz Solange
    • 4. Wurtz Solange Le 31/03/2013
    Ses dernières pensées ont été pour la fille de sa soeur, celle qui l'a soutenu jusqu'au bout avant de le rejoindre.
  • Wurtz Solange
    • 5. Wurtz Solange Le 31/03/2013
    Je n'aurai jamais eu ses bonbons. Ses dernières pensées ont été pour sa famille, pour moi Solange, la fille de Nelly, sa soeur, qui l'a soutenu jusqu'au bout, avant de le rejoindre.
  • Wurtz Solange
    • 6. Wurtz Solange Le 17/02/2013
    Je n'ai pas connu mon oncle Vitali. Quand il était petit il est tombé malade; L'inquiétude causée par sa maladie a tué son père. C'était un homme sans histoire très doux et très généreux.Tout le monde l'aimait; à ce que j'ai entendu dire. Ma grand-mère l'évoquait souvent ainsi que les autres personnes disparues. Elle supportait ces épreuves parce qu'elle n'en connaissait pas l'issue et qu'elle avait à s'occuper de moi la petite-fille qui lui restait et qui était prés d'elle..

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