Deux hommes, ouvriers tisseurs de leur état et répondant au nom de DIOT, avaient obtenu d’Onésippe CIRIEZ l’autorisation de "battre blé" sur l’aire de sa grange. Le fléau, seul instrument à leur disposition, frappait inlassablement la moisson, séparant le grain de la paille au prix d’un labeur exténuant.
La cadence était bien réglée, le geste précis et répété. Jusqu’à ce que, soudain, une lueur suspecte danse à la périphérie de leur champ de vision. Avant même qu’ils ne comprennent, les flammes jaillissent, s’élancent, dévorant avec une fureur incontrôlable les gerbes soigneusement entassées de part et d’autre.
Le cri fuse, perçant l’après-midi brûlant :
— Au feu ! Au feu ! À l’aide !
Un instant, les deux hommes croient encore pouvoir dompter l’incendie naissant. À coups de sacs, de battes, de gestes frénétiques, ils tentent d’étouffer le brasier. Mais déjà, des volutes de fumée épaisses s’élèvent, un crépitement sinistre emplit l’air, et l’odeur du bois brûlé se mêle à celle de la paille consumée.
Leur appel au secours a résonné au-delà de la grange. Alertés, les voisins accourent, apportant leur aide avec l’unique arsenal à leur disposition : quelques seaux d’eau, des couvertures jetées à la hâte, des bras déterminés mais démunis. Comment lutter, pourtant, contre la voracité de l’élément ? Contre le feu qui lèche les murs, fait craquer les poutres, ronge la toiture ? La chaleur devient insoutenable, la fumée irrespirable. Il faut se rendre à l’évidence : la récolte est perdue, la grange aussi.
Désormais, il ne s’agit plus de sauver ce qui ne peut l’être, mais d’empêcher le pire : que le foyer ne gagne l’habitation des CIRIEZ, que les flammes n’avalent les chaumières voisines, leurs toits de chaume offrant un festin de choix à l’incendie. C’est tout le quartier qui risque de s’embraser.