À partir de ce moment, nous ne pouvons que reconstituer les faits et émettre des hypothèses à partir de divers articles de journaux, dont on peut dire qu’ils manquent sérieusement de rigueur.
Le soir du samedi 22 août 1885, le matelot Théophile Lansiaux, ne rentre pas à bord de son bâtiment. Le commandant appareille dès le lendemain tout en signalant son absence à la brigade de gendarmerie.
Dans l’après-midi du mercredi 26 un pêcheur découvre son corps dans l’Oise à proximité du pont. On avait retrouvé sur lui la somme de 5,50 frs ce qui correspond à peu près à deux jours de salaire. Le corps est transporté à l’Hôtel Dieu tout proche. Accident ou suicide, toutes les hypothèses sont plausibles à ce stade.
Cela donne droit au premier article de presse, daté du 29 août, où le journaliste « est porté à croire » que à la suite de trop copieuses libations notre matelots et deux autres amis se seraient noyés, les deux autres étant jusque-là disparus.
Entretemps la famille est prévenue, et c’est au tour de la gazette « Le guetteur de Saint-Quentin », d’y aller de son entrefilet. On y lira que le jeune Théophile Toussaint (sic) né à Bertry a été victime d’un terrible accident : il se promenait en barque lorsque celle-ci chavira ! (sic).Une messe a été célébrée à son intention dès le lundi.
Quelques jours plus tard, le fait-divers est repris par un autre périodique qui explique : Théophile Lansiaux, originaire d’Hounechy dans le Pas de Calais, — pfff, ça n’existe même pas ! — s’était rendu avec ses camarades en forêt de Compiègne, là ils furent attaqués par des bandits qui les assommèrent, pour les voler, avant de les jeter à l’eau.
Il faudra attendre début octobre pour en savoir plus et approcher de la vérité, autant que faire se peut. Il n’y a pas de troisième homme, un individu a bien été interpellé, pour vérification, puis relâché immédiatement.
Peu après la découverte du corps de Théophile, on découvre le second, un aubergiste, originaire d’un village voisin. Son identité ne sera pas révélée. Les constatations du médecin légiste sont formelles : les deux hommes ont été étranglés avant d’être jetés à l’eau post mortem.
L’enquête de police établit que les deux victimes ne se connaissaient pas auparavant, et ne se sont abordées qu'après 20h00.
Elles se seraient rencontrées par hasard et auraient fraternisé « avec la facilité qui permet aux soldats de trouver partout des amitiés soudaines », avant d’être en même temps victimes « du même attentat ».
Le juge d’instruction chargé de l’enquête sur cette « mystérieuse affaire », qualifiée par lui de « grave et délicate » cherche à comprendre comment et pourquoi ces deux hommes se sont rencontrés et ont décidé d’aller se promener dans le bois à une heure tardive.
Aussi « étrange qu’inexplicable ».
