Il était une fois à Bertry, en 1834, un petit garçon prénommé Bénoni. Non, ce n’est pas une faute de plume, mais bien un prénom biblique qui fleurissait alors dans nos campagnes.
Bénoni Taine, issu de cette longue lignée d’artisans du fil qui, depuis des générations, font bruire les métiers dans les maisons du Cambrésis. Plus qu’une tradition, c’était presque une fatalité : dans la région, il n’y avait guère d’autre avenir que celui de tisser, du matin au soir, au rythme de la navette qui danse.
Deux ans plus tard, naissait sa future épouse, Anne Florence Fruit, fille de Célestin Fruit et Séraphine Jacob. Voilà un patronyme bien singulier qui a attiré mon attention. Elle est la fille reconnue d’un soldat russe, Andréï Jacob, logé dans ce que la mémoire locale a retenu sous le nom de “caserne des Russes”, et d’Anne Séraphine Herbet. Le père, de passage lors de l’occupation du territoire français par les troupes russes après 1815, repartit avec son régiment, laissant derrière lui mère et enfant. (Cela mériterait un article...)
Nos deux tourtereaux ne furent pas pressés d’officialiser leur union : en février 1863 seulement, ils passèrent devant le maire. Entre-temps, deux marmots étaient déjà venus bousculer leur quotidien : Anne Florence en 1859 et, en 1862, un petit Bénoni junior, qui connaîtra un destin… disons, haut en couleur, mais n’anticipons pas : ce sera l’objet d’un prochain récit.