Le printemps, particulièrement doux et sec, devrait réjouir les familles, mais il provoque l'inquiétude, c'est qu'il n'a pas plu depuis l'automne 1920, et la température va ainsi s'élever jusqu'à 38 ° en juillet. s'ensuivront de violents orages sur Caudry, Beauvois, Quievy.

Dans "Le siècle" le journaliste Maurice de Waleffe signe une chronique dans laquelle il fait le lien, illustrations à l'appui, entre chaleur et criminalité : "A toute vague de chaleur correspond une vague de crimes. Parce que, plus il fait chaud, plus l'homme perd ce qu'on appelle justement son sang froid". Mieux vaut en rire. Quoi qu'il en soit, dans le canton de Clary aucun violence particulière n'a été constatée.
La ferme de Monsieur Jules LEFEBVRE, de Clary, située à l'angle de la rue de Bertry et la rue St Nicolas s'embrase, le soir du 14 juillet. Les pompiers de Clary ne parviennent pas seuls à circonscrire l'incendie, Mr LOISEAU, maire, fait appel aux pompiers de Caudry. "Grâce au dévouement des pompiers de Caudry la grande brasserie Delalande fut préservée"
Citons également le cas d'un ouvrier agricole qui travaillait à proximité de la sucrerie entre Bertry et Caudry, retrouvé inanimé, il était toujours en "léthargie" deux jours après son coup de chaleur.
Les conséquences de la sécheresse se font rapidement sentir, le foin nécessaire à la nourriture des animaux manque. Dans les champs et les potagers les récoltes de légumes et pommes de terre sont maigres. Les puits sont à sec, les éleveurs doivent se séparer de leurs animaux par manque d'eau pour les abreuver. La production du lin, solidement implantée dans le Nord, souffre plus que toute autre de cette carence hydrique.
La douceur perdure tout l'automne, un scientifique dans un mémoire intitulé "végétation anormale de l'automne 1921", relate que les églantiers, prunelliers et pommiers sauvages refleurissent en octobre, et qu'on verra des roses s'épanouir au jardin jusqu'à l'hiver.
Alors que nos villages s'étiolent, Caudry, le bourg tout proche, grossit. Certains artisans des villages jettent l'éponge et choisissent d'aller travailler en usine. Dans la petite ville l'espoir de développement renaît .Pour célébrer ce renouveau, la première fête de la dentelle est inaugurée en juillet. Son président Léonce Bajard crée les deux géants : "Batisse et Laïte".

L’homme est Baptiste "Batisse", tulliste de profession, sa femme est Adélaïde, prénom abrégé en Laïte. Batisse porte le vêtement des tullistes d’autrefois, le bourgeron, il a une chemise de couleur et le tablier à bavette ; à l’oreille droite, il a le crochet dont se servent les ouvriers tullistes. Dans la main, il tient un chariot et une bobine, accessoires du métier à tulle. Laïte est une femme du peuple, vêtue comme l’étaient les ménagères du Cambrésis : caraco et jupon, avec le traditionnel tablier.
Sur Bertry, comme dans les autres villages de l'industrie textile, qui dépendent de Caudry, le ciel est bien sombre en cette fin d'année. A tout moment il menace de s'embraser . La situation économique est catastrophique. La colère gronde : les artisans se sentent floués, pas écoutés, mal représentés.
Les villageois qui pour subvenir, cumulent souvent deux métiers, n'ont pas trouvé à louer leurs bras aux champs, en raison de la météo. Dans leur atelier des métiers flambant neufs remplacent ceux détruits par les allemands, mais ils sont à l'arrêt : les commandes n'ont pas suivi. Les artisans accusent la Suisse de concurrence déloyale pour l'activité de tissage, mais aussi l'Angleterre, Nottingham et même Calais pour ce qui concerne la production de tulle et de dentelle. Ces deux villes occupent la place qu'occupait autrefois Caudry sur le marché mondial.

Afin de faire face à la concurrence, Caudry choisit de baisser ses prix de vente afin de reconquérir des parts de marché. Cette baisse des prix est répercutée sur les fabricants à façon et les ouvriers à qui l'on demande d'énormes sacrifices. En toute logique, c'est le mot "grève" qui fera la une des journaux locaux au mois de décembre.

La revue, le Pellerin, présente dans les chaumières, rappelle à nos villageois qu'à Paris, on célèbre en grandes pompes le centenaire de la mort de Napoléon 1er, pendant que dans chaque village, familles et anciens combattants, s'attachent et s'emploient à ce que soit érigé un monument "pour que nul n'oublie" les Morts pour la France de la Grande Guerre.
Dans le même temps naît le "plus jamais ça" La Grande Guerre, par sa durée insupportable, ses morts par millions, a profondément marqué les populations européennes. Nombre d'anciens combattants français, fédérés dans des associations, s’organisent pour lutter contre le militarisme et le bellicisme. Ce doit être "La Der des Ders". Les cérémonies du souvenir et les récits publiés instillent le pacifisme, tandis qu’Aristide Briand, maître d’œuvre de la diplomatie nationale des années 1920, s’évertue à trouver des partenaires pour « mettre la guerre hors la loi » Nous connaissons la suite...
Afin de vous raccrocher aux branches si vous vous êtes perdus en route dans les méandres de ma généalogie familiale :
