Benoit est tisseur, comme l’étaient ses parents, et les parents de ses parents, dans l’inlassable reprise du fil, génération après génération. Depuis les mulquiniers du XVIIe siècle, ces tisseurs de fine toile de lin ont fait la fortune du Cambrésis, et le métier n’a guère évolué. Le garçonnet, comme ses frères et sœurs, connaît l’apprentissage dès la sortie de l’enfance. Le tisseur passe une grande partie de sa journée devant un métier à bras pour fabriquer de la laine, du coton ou de la soie.
Le 22 octobre 1887, Benoit, à 28 ans, unit sa vie à celle d'Aurore Bricout, une jeune femme de Bertry âgée de 27 ans, ce qui est relativement tard pour l’époque. Aurore, benjamine d’une fratrie de huit enfants, connaît probablement des responsabilités familiales dès son plus jeune âge. Il est possible qu’elle ait eu à prendre soin de ses parents. Sa mère, Védastine Seignez, décède en juillet 1887, trois mois avant son mariage.
Benoit et Aurore s'installent rue du Moulin, dans la maison qui deviendra le foyer de leur famille. Leur premier fils, Emile, naîtra en 1889, puis Georges en 1893.