A la recherche du temps perdu....

les frères Delépine pendant la grande guerre

 

Dimanche 1er Août 1914, par un bel après-midi d'été, à 16h retentit ce que tous redoutaient : le tocsin (Le tocsin est une sonnerie de cloche civile pour annoncer un péril imminent).

 A Montigny, au lieu-dit "la Brasserie" Archange, 46 ans est sans doute occupée à diverses taches ménagères, certe c'est dimanche, mais il reste 9 enfants à la maison, le cadet, Charles a 23 ans, le benjamin Cyrille n'a que 6 ans. Seule l'aînée des enfants Félicie à quitté le nid en 1910 pour se marier. 

Porphyre 48 ans, est brodeur, ses fils Charles et Eugène ont travaillé un temps avec lui, mais Charles a depuis appris un autre métier il est devenu cordonnier. Quant à René, il exerce le métier de boulanger.    C'est la raison pour laquelle toute la famille a quitté le 12, rue des potiers à Clary (haut de la rue du Gl de Gaulle) pour venir s'installer dans cette ancienne brasserie, construite vers 1905 par Louis Delhaye, brasseur de Bertry. Brasserie Montigny.jpg

 

René utilisera les installation pour cuire le pain, Porphyre pourra installer son métier à broder et globalement la famille aura plus de place. 

Quelques années après la guerre, vers 1922, René disparu, Charles marié, et Maria partie vivre à Paris, la famille retournera vivre à Clary "rue d'en-haut".

Mais revenons-en au tocsin  qui retentit dans tous les villages alentours. même si on ressentait vaguement la tension montante après les diverses crises franco-allemandes, même si les manuels scolaires ont préparé les jeunes garçons et eveillé leur patriotisme, dans les campagnes, c'est la surprise et la consternation.

 

Dans le village, le garde champêtre clame dans chaque rue, à grand renfort de roulements de tambour, son "avis à la population" : l'affiche de mobilisation générale vient d'être placardée sur la facade de la mairie.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                       Affiche mobilisation generale

 

 

 C'est que rien n'a été laissé au hasard, cette mobilisation a été planifiée, des affiches, imprimées à l'avance, contenues dans des enveloppes porteuses d'instructions précises ont été distribuées aux maires par les gendarmes.

 

 

 

 

Pour Archange, c'est l'angoisse de toute mère, trois de ses fils sont appelés sous les drapeaux. Elle pense également à son gendre Georges Richard, mari de Félicie, d'autant que le couple a un jeune enfant, André, un an.

Quel est le sentiment de Porphyre ? qui peut le dire ! Il est enfant d'immigrés belges, 1ere génération, est-il prêt à donner ses enfants pour le pays qui a accueilli sa famille, ou à l'inverse se sent-il peu concerné ? ...Lorsque trois jours plus tard, l'Allemagne piétinera les accords internationaux et envahira la Belgique, il n'y aura plus de place pour les etats d'âme.

Et puis la guerre sera courte, tous en sont persuadés, Ils seront de retour avant l'hiver.

Chacun sort donc de son livret militaire, sa feuille de route et son bon de transport gratuit qui lui permettra de rejoindre la destination indiquée sur la feuille de route. Suivant les instructions chaque soldat emporte : deux chemises, un caleçon de rechange, deux mouchoirs et une bonne paire de chaussures, plus des vivres pour quelques jours.

C'est l'union sacrée, chaque français part pour reprendre "aux boches" l'Alsace et la Lorraine.

 On embrasse les conscrits, on leur lance des fleurs, on leur donne du vin pour la route. Ce regrouprement va créér l'émulation, une forme d'étourdissement, et probablement une joie factice. En effet, comment vis a vis des copains, afficher l'angoise ou la peine que l'on ressent, à quitter sa famille, sa région, pour aller vers l'inconnu...

Nos 3 conscrits ont rejoint leur affectation respective lorsque, le 3 Août 1914, l'empire allemand déclare la guerre à la France :

Charles sera affecté au service auxiliaure - infirmier militaire- en raison de problèmes aux jambes.

René, le boulanger intègrera, dans un 1er temps, la sections des commis proposés au ravitaillement des troupes.

Eugène est versé dans l'artillerie comme canonnier.

Les hommes sont partis à la guerre, mais moins de 4 semaines plus tard, c'est la guerre qui arrive au village.

Après le départ des hommes, on avait assisté à la réquisition, par la commission miliaire, des meilleurs chevaux.

Puis ce sont les rumeurs alarmantes qui commencent à filtrer malgré la censure. Les allemands commettent des atrocités en Belgique, tuant les civils, violant les femmes, incendiant les maisons.

Dès le 24 août passent les premiers fuyards d'une armée française désorganisée, le lendemain passent les troupes anglaises poursuivies par les Allemands.

L'attaque allemande du 26 août 1914 est décisive. L'ennemi s'empare de tout le territoire Est et Sud cambrésis, commettant de nombreuses exactions, incendies, assassinat de civils.

La population restera 4 longues années sous le joug de l'occupation allemande, subissant  réquisitions et privations, toujours à peu de distance de la ligne de front, jusqu'à la libération par les troupes alliées en octobre 1918.

A la fin de la guerre, rien ne sera plus pareil.

Charles souffrira toute sa vie de troubles neurologiques. Eugène s'enfermera dans le mutisme sur cet épisode de sa vie. Il refusera l'indemmité pour blessure de guerre. Il conservera toute sa vie, dans son portefeuille, la photo de son jeune frère René porté disparu.

Ci-dessous : Charles à gauche , puis René au centre, et Eugène à droite.

 

 

Charles.jpg  rene.jpg  Eugene.jpg.

 

 

 

 

 

Date de dernière mise à jour : 01/03/2021

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