A la recherche du temps perdu....

Capitaine Désormais

Il y a 150 ans, la commune :

 

Entre fin mars et fin mai 1871, la Commune de Paris, issue d’un soulèvement populaire, était matée dans le sang au cimetière du Père Lachaise.

Pour les français, le choc de la défaite de 1870-1871 est sans précédent. La France est battue, occupée par un adversaire à peu près de sa taille qui lui inflige un traité humiliant et mutilant. D’où la stupéfaction non seulement des militaires mais aussi des hommes politiques, des penseurs et des simples citoyens. La Commune de Paris est la conséquence de cette défaite. Cet événement majeur de la culture  parisienne divise encore les français. ll devrait être l'objet de nombreuses commémorations, plus ou moins perturbées par la situation sanitaire actuelle.

Au-delà des représentations romantiques de la" Vierge Rouge" Louise Michel ; au-delà du folklore poétique de la chanson "Le temps des cerises" ; au-delà des envolées lyriques de Victor Hugo, voyons une autre approche de la Commune  à travers un soldat au service des Versaillais légalistes : je vais  vous parler de "François" Etienne DESORMAIS, Capitaine de gendarmerie à pied.

François Etienne DESORMAIS est né à Haucourt, petit village du cambrésis (59) le dimanche 13, novembre 1825, il est encore enfant lorsque ses parents déménagent pour s'installer à Bertry, à quelques kilomètres de là. Le père François DESORMAIS, est "agent d'affaires", un intermédiaire entre les fabricants de textile et les maisons de couture.  La mère, Marie Anne BONIFACE est morte lorsque notre héros avait 10 ans.Nous lui connaissons un frère Cyriaque de cinq ans plus jeune et une demi- sœur Eucharis Marie Reine, de quinze ans sa cadette née du remariage de son père avec Marie Joséphine LENAIN. Il est célibataire. La vie en caserne, le statut militaire et la mobilité n'incitent pas au mariage un gendarme qui a l'ambition de faire carrière et devenir officier.

La gendarmerie :

 

Si nous ne pouvons pas définir la date exacte de son engagement, nous savons qu'il a fait toute ou partie de sa carrière sous le second empire. François DESORMAIS a bénéficié d'une conjoncture favorable : La gendarmerie, à l’instar de l’armée de ligne et de la police, a contribué à la réussite du coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. Il va sans dire que ce soutien va profiter aux  forces de l’ordre  : Pendant le second empire, la gendarmerie se verra restructurée, mieux dotée. Au total, plus de 24 000 hommes sont employés dans la Gendarmerie Impériale. Celle-ci constitue, par le nombre et le budget, la première force destinée au maintien de l’ordre en France.

Trois degrés de commandement structurent l’organisation des forces : la légion, groupant plusieurs compagnies (une par département), est commandée par un colonel. La compagnie est dirigée par un chef d’escadron. L’arrondissement, est commandé par un capitaine. C'est à ce niveau de la hiérarchie que se situe François Désormais en 1870 lorsqu'éclate la guerre contre les Prussiens, bientôt suivie de la défaite de Sedan et la chute de l'empire. 

Le 4 septembre, la IIIe République est proclamée. Le même jour, sous la pression de l’opinion publique, le général Trochu  est nommé gouverneur militaire de Paris et Président du Gouvernement de la Défense Nationale avec les pleins pouvoirs militaires. Les soldats allemands progressant rapidement, Paris est menacé. Le Gouvernement provisoire organise alors, dans l’urgence, la défense du pays avec toutes les forces disponibles mais ne peut empêcher, à partir du 19 septembre 1870, l’investissement total de la capitale. C'est le début du siège de Paris, qui durera 119 jours.

Dans la ville, environ 250 000 hommes de la Garde Nationale et à peu près autant de conscrits, d’une valeur militaire très inégale, sont fermement décidés à résister.

Des gendarmes font également partie des forces regroupées dans la cité. La gendarmerie, présente au début du siège, provient d’unités diverses. Elle est à l’image de la mobilisation nationale : hâtive et improvisée. Des effectifs sont prélevés sur des brigades dans toute la France. A ces effectifs s'ajoutent ceux de la Garde de Paris. Ce qui donne un total d'environ 6900 personnes, hommes de troupes et officiers confondus. Organisés à Versailles, ces régiments entrent dans la capitale le 27 août. Ils assistent sans intervenir, faute d’ordre précis, à la "révolution" du 4 septembre au Palais Bourbon. 

Durant l'hiver, les participations directes de la gendarmerie aux offensives contre l'ennemi sont assez rares, le commandement préfère les affecter à d'autres missions. Certains gendarmes sont employés comme escortes des officiers généraux ou en poste pour les gardes à l'état-major, la préfecture, l'hôtel de ville etc. D'autres participent essentiellement à des services auxiliaires, les services médicaux, les arsenaux, les fortifications. le commandement évite de les mettre en contact avec des citoyens-soldats fiévreusement républicains. A cela ajoutons toutes les actions incombant à la prévôté  : le maintien de l'ordre, la lutte anticriminalité.  La nuit, de 20 heures à 4 heures, ils effectuent des patrouilles aux abords de Paris où campent les régiments les plus turbulents, ils procèdent aux arrestations et initient des enquêtes en cas de délit.

Au-delà de ces missions, on ne peut passer sous silence l'action de renseignement, la mobilisation de ces gendarmes dans la prévention des mouvements insurrectionnels. Il s'agit "d'avoir à l'œil"  la Garde Nationale et ses éléments subversifs. En effet, le Gouvernement provisoire de la République craint autant les « ennemis de l’intérieur » que la menace prussienne. Les souvenirs de 1848 restent vivaces et chacun sait que l'internationale ouvrière marxiste a conservé des cellules actives à Paris. Tout l'hiver la tension monte : la capitale connaît des crises plus ou moins violentes qui préfigurent l’insurrection du 18 mars 1871.

Le premier affrontement entre police et Garde Nationale se déroule le 22 janvier, après l'échec de la sortie Buzinval, plusieurs bataillons de la Garde Nationale manifestent aux cris de « Guerre à outrance ! Vive la Commune ! » et envahissent la place de l’Hôtel de Ville. Les insurgés occupent les maisons voisines et dressent des barricades. En réponse, des gardes républicains et des gardiens de la paix, venus en toute hâte de la préfecture de police  enlèvent une barricade sur le quai de la Seine.

Fin janvier l'armistice avec les prussiens est signé. Il est suivi d'élections législatives, Adolphe Thiers est élu chef de l'exécutif mais son pouvoir est affaibli par les mauvais résultats du scrutin défavorable aux républicains, et aux bonapartistes, ce sont les monarchistes qui gagnent l'assemblée. Cela signifie clairement que la province se méfie des parisiens éternels révolutionnaires.

La gendarmerie, on le voit, intervient comme ultime défenseur d'un gouvernement fragilisé qui ne peut plus compter sur le soutien de la Garde Nationale  pour maintenir l’ordre. Cependant sa condition morale est ambivalente : Dans une certaine mesure, la gendarmerie, durant le siège, a souffert à l’image des troupes de la résistance parisienne. Si les gendarmes sont patriotes ils sont aussi mal préparés à une guerre. De plus, ils partagent les difficultés matérielles de l’ensemble des soldats. Enfin, le commandement ne les regarde pas, dans un premier temps, comme des unités combattantes à part entière.

les combats :

 

Le 18 mars 1871, Thiers, chef de l’exécutif, ordonne de désarmer la Garde Nationale, qui conserve 227 canons sur les hauteurs de Montmartre et de Belleville. La troupe, disciplinée mais peu nombreuse est vite débordée. A son approche on sonne le tocsin, la foule des parisiens se rassemble pour protéger les canons. Certains soldats se rallient et refusent de tirer sur la foule. C'est l'échec, l'ambiance insurrectionnelle incite l armée et les corps constitués à évacuer sur le champ pour se replier sur Versailles. La gendarmerie constitue l’arrière-garde des militaires et des civils. Elle surveille les points de communication menant à la capitale et assure la défense de l’Assemblée et du Gouvernement.

Connonade du mont valerienLa gendarmerie contribue dès lors aux opérations militaires d’avril 1871 ; elle défend Meudon puis organise la poursuite des fédérés en déroute ; elle participe aussi aux combats à l’ouest et au nord de Paris, à Courbevoie, à Neuilly, à Gennevilliers :

7 avrilLe 2 Avril un parlementaire, chirurgien de l'armée, ayant été tué, l'artillerie  qui occupe le fort du Mont-Valérien, et  dispose des batteries au rond point de Neuilly,  tire sur le pont de Neuilly  en représailles et repousse les fédérés. Gustave Flourens, organise une  tentative de marche des fédérés sur Versailles, elle échoue, Flourens est tué le lendemain. Les troupes régulières s'emparent de Courbevoie et de Puteaux.  Ils font prisonniers une grande quantité de Gardes nationaux. Les fédérés réfugiés à Neuilly ont installé une barricade sur le pont qui va devenir un objet de lutte acharnée. L'annonce de la mort de Flourens aura servi de détonnateur : c'est le début de la guerre civile. Le  révolutionnaire polonais réfugié Jaroslaw Dombrowski prend le commandement de la Garde Nationale.

 

 

Pont de neuilly 7 avril

Le 7 avril constitue le point culminant de ces combats de part et d'autre des deux rives de la Seine. On comptera pas moins de 700 morts pour les deux camps. C'est au cours de cet engagement qu'est tué, à 3 heures de l'après-midi, le Capitaine DESORMAIS. Le pont, position intenable pour les deux parties sera pris et repris au fil des jours.

 

 

Les soldats et gendarmes de ces journées d'Avril ne seront déclarés en Mairie de Courbevoie qu'un mois plus tard, comme c'est ici le cas de François DESORMAIS. Je ne suis pas parvenue à trouver une explication à ce fait. Autant, il existe une importante littérature sur la mort des insurgés, autant c'est le silence sur le cas des troupes gouvernementales. S'agit-il d'une stratégie politique, ou tout simplement le fait d'une grande désorganisation ?

Le  jeudi 4 mai à 11h du matin, est déclaré par deux anciens militaires, le décès en date du 7 avril à 3h de l'après midi de François DESORMAIS "de passage à Courbevoie"

Deces etienne desormais 1871

Par décret du 9 avril 1871, Le Capitaine DESORMAIS sera fait Chevalier de la Légion d'Honneur à titre posthume.

Nomination chevalier lh    Attestation ordre lh

 

Une année après le décès de son fils, le papa François DESORMAIS écrit au Ministère des armées pour tenter d'obtenir, à titre de souvenir, le certificat et l'insigne attribués à son fils.

Lettre desormais oere 1872   Chevalier lh

Un Portrait en Pied de cet officier était exposé dans sa famille domiciliée à la ferme de "la caserne". Les Allemands en 1914 s'en servirent comme cible pour le tir au pistolet ( E. du Chesne Histoire de Bertry)

Le Capitaine Désormais fut inhumé au cimetière de Bertry. Sa tombe, la troisième à gauche en entrant dans le cimetière, portait des inscriptions toujours visibles il y a encore une trentaine d'années. Cependant, plus personne de sa famille n'habitant le village,  le monument en mauvais état menaçait les sépultures voisines, il a été démonté. La plaque est maintenant entreposée à la mairie du village. On se plait à espérer que, dans le cadre de l'aménagement du cimetière, la stèle retrouve une place accessible à tout visiteur souhaitant l'honorer.

 

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Date de dernière mise à jour : 03/04/2021

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Commentaires

  • PECHARD
    • 1. PECHARD Le 07/04/2021
    Bonjour merci pour cet excellent travail qui restitue la vie d'un ancêtre à travers une terrible page d'histoire méconnue du grand public. J'ai également des Désormais dans ma généalogie issus plus proche de Cambrai et originaires de Niergnies.
    Cordialement Pascal PECHARD
  • Veronique Muller-Espeche
    J'ai beaucoup aimé cette approche de la commune par le prisme de la gendarmerie ... C'est une très bonne idée :)

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