Marie Jacqueline Boniface serait née vers 1490, dans les dernières années du Moyen Âge, dont les historiens situent conventionnellement la fin en 1453 ou en 1492. Elle aurait ainsi vécu à la charnière de deux époques : la fin du monde médiéval et les débuts de la Renaissance.
En 1492, Christophe Colomb atteint les Amériques. Les grandes découvertes maritimes bouleversent progressivement la représentation du monde. L'imprimerie, apparue en Europe quelques décennies plus tôt, favorise la circulation des connaissances et des idées. Mais dans les campagnes du Cambrésis, ces transformations demeurent bien éloignées des préoccupations quotidiennes.
La vie est avant tout rythmée par les saisons et les travaux agricoles. Les labours, les semailles et les moissons commandent le calendrier. Une mauvaise récolte peut entraîner des difficultés alimentaires, tandis que les épidémies et les guerres constituent des menaces permanentes. Les familles de censiers occupent une place particulière dans cette société rurale. Elles ne sont pas nécessairement propriétaires des terres qu'elles exploitent, mais elles disposent de moyens économiques et de responsabilités parfois considérables.
Les femmes participent pleinement à cette économie familiale. Elles veillent notamment à la tenue du foyer, à l'alimentation, aux réserves, à l'éducation des enfants et, selon les circonstances, à différentes activités agricoles. J'ignore naturellement quelles étaient les tâches personnelles de Marie Jacqueline.
Sur le plan politique, le Cambrésis n'appartient pas au royaume de France. Il relève du Saint-Empire romain germanique et forme une principauté ecclésiastique autour de Cambrai, gouvernée par son évêque. Cette situation particulière place la région au voisinage de puissances rivales, notamment la France et les territoires des Habsbourg. Les campagnes peuvent subir les conséquences des conflits : passages de troupes, réquisitions, destructions et prélèvements financiers.