En recherchant ce Jean-Baptiste Moriaux dont ma grand-mère annonçait le retour, j'ai retrouvé trois jeunes hommes du même nom, tous apparentés, tous morts au printemps 1915.Trois cousins issus de branches différentes d'une même famille. Trois existences interrompues entre avril et juin.
Le 6 avril 1915, Jean-Baptiste Moriaux tombe à Maizeray, dans la Meuse.
Il est né à Bertry en 1891, fils de Jean-Baptiste Moriaux et de Catherine Laforge. Dans le civil, il est brodeur, l'un de ces métiers du textile qui font vivre tant de familles du Cambrésis.
Célibataire, il est devenu sergent et sera décoré de la Croix de guerre.
Il n'a que vingt-trois ans lorsque la guerre le fauche.
C'est lui qui, sept ans plus tard, reviendra à Bertry.
Le 3 mai 1915, Louis Arthur Moriaux meurt à son tour.
Né à Bertry en 1885, fils de Louis Moriaux et d'Aspire Lefèbvre, il est tulliste.
En 1910, il a épousé Marie Émilienne Lenglet. Le couple n'a pas eu d'enfants.
Arthur est blessé et transporté à l'hôpital Chanzy de Sainte-Menehould, où il succombe à ses blessures. Il vient d'avoir trente ans.
Il reposerait aujourd'hui dans la nécropole nationale de Sainte-Menehould, une information qu'il me reste à confirmer définitivement.
Son épouse Émilienne ne se remariera jamais, tout comme Albertine, la cousine de ma grand-mère, devenue veuve d'Antoine Langlet.
Je pense à ces quelques années de mariage, à cette vie commune brutalement interrompue, à tout ce qui n'aura pas eu le temps d'exister.
Le 20 juin 1915, un troisième Moriaux disparaît à la tranchée de Calonne.
Il s'appelle lui aussi Jean-Baptiste.
Né à Honnechy en 1889, fils de Jean-Baptiste Moriaux et d'Aurore Tellot, il est cultivateur et célibataire.
Il a vingt-six ans.
Cette fois, il n'y a pas de décès constaté à l'hôpital, pas de tombe identifiée. Il est porté disparu dans les combats de cette tranchée de Calonne dont le nom reste associé à tant de souffrances.
Il faudra attendre le 18 février 1921 pour que le tribunal de Cambrai rende son jugement déclaratif de décès.
Près de six ans après sa disparition, la justice lui donne officiellement la mort.
Mais son corps, lui, n'a jamais été retrouvé.
Trois Moriaux, trois destins brisés en soixante-quinze jours. En reconstituant leurs filiations, j'ai retrouvé leur ancêtre commun, Jean Guillin Moriaux (1776-1841), dont ils descendent par trois branches différentes.
