Dans le Nord de la France, le Hainaut et le Cambrésis, le censier est le plus souvent le fermier d’une cense, c’est-à-dire d’une exploitation agricole tenue à bail. Les mots fermier et censier peuvent ainsi apparaître comme très proches, voire être employés pour désigner une même réalité.
La cense est fréquemment une exploitation importante, parfois issue d’un ancien domaine seigneurial, ecclésiastique ou abbatial. Elle comprend les terres, mais aussi les bâtiments nécessaires à la vie et au travail agricoles : logis, granges, étables, écuries ou bergeries. Le censier qui la dirige peut posséder un cheptel nombreux, employer plusieurs domestiques et occuper une position reconnue dans la communauté villageoise.
Le mot se rattache au cens, lui-même issu du latin census. Dans l’Antiquité romaine, le census désignait notamment le recensement et l’évaluation des biens des citoyens. Au cours du Moyen Âge, le terme cens prit le sens de redevance due en contrepartie de la possession ou de la jouissance d’une terre.
Cette origine latine ne signifie cependant pas que les censiers du Nord descendraient directement de cultivateurs installés dans les fermes à la suite de la conquête romaine, ni que leur appellation aurait été transmise sans interruption depuis l’Antiquité. Le mot est bien d’origine latine, mais son sens rural s’est formé et transformé au fil des siècles, par l’intermédiaire des institutions et du vocabulaire du Moyen Âge.
Les usages n’ont d’ailleurs pas toujours été uniformes. Selon les textes et les périodes, le mot censier peut se rapporter à celui qui tient une terre soumise au cens, à celui qui perçoit cette redevance ou encore au registre dans lequel les cens sont consignés. Le terme censitaire est aujourd’hui plus volontiers employé pour désigner celui qui doit le cens.
Dans les documents septentrionaux des Temps modernes, et particulièrement dans ceux du Hainaut et du Cambrésis, le censier est cependant avant tout compris comme l’exploitant d’une cense : autrement dit, comme un fermier, souvent à la tête d’un domaine agricole d’une certaine importance.