Le 3 juillet 1915, Paul Tamboise est porté disparu au bois de la Gruerie, en Argonne, sur le territoire de Vienne-le-Château. Il n'a pas encore vingt ans.
Le lieu même où il disparaît suffit à dire l’horreur. Le bois de la Gruerie fut l’un des secteurs les plus meurtriers de l’Argonne. Les combats y furent d'une violence inouis, si continus, si rapprochés, que les soldats eux-mêmes finirent par lui donner un autre nom : le « bois de la Tuerie ».
Un témoignage de l’époque en a laissé une image saisissante : « Dans la forêt de l’Argonne, il n’y a pas un seul instant de repos ni de recueillement. Les canonniers ne quittent pas une minute leurs pièces ; les soldats des tranchées ne cessent pas de faire le coup de feu... Nous partons, de bonne heure, vers le bois de la Gruerie (...) Nos soldats ne l’appellent plus que le bois de la Tuerie. » À la lecture de ces lignes, on mesure ce qu'endurèrent ces garçons à peine sortis de l'enfance, perdus parmi les arbres déchiquetés, la boue, la fumée, les éclats d'obus, le vacarme incessant et cette attente permanente de la mort.
Il faudra attendre le jugement du tribunal de Cambrai, rendu le 10 juin 1920, pour que son décès soit officiellement établi. Entre le jour de la disparition et celui de la reconnaissance légale, il y eut pour les siens ces années cruelles où l’absence ne s’appelle pas encore tout à fait la mort, mais ne permet déjà plus l’espérance.
Puis vint la formule définitive, celle que l’administration inscrivit, en marge de tant d’actes de naissance : « Mort pour la France ». La guerre, des années plus tard, venait poser son ombre sur le premier jour de sa vie. Quatre mots qui mettaient fin à l’incertitude, sans jamais apaiser le chagrin de ses proches.
Marie Obled, sa mère, mourra elle aussi un 3 juillet, en 1937, vingt-deux ans, jour pour jour, après la disparition de son fils. Le hasard seul explique sans doute cette troublante concordance. Pourtant, il est difficile de ne pas y voir le symbole d'une blessure qui ne s'était jamais refermée.