Le 16 septembre 1965, on le retrouve noyé dans le canal Saint-Denis, quai du Lot, à Paris. L’acte de décès nous en dit long sur sa condition. Edmond Olivier y est dit célibataire, manœuvre, sans domicile fixe. Toute une vie semble se refermer dans ces quelques mots. L’enfant confié à l’Assistance publique, l’orphelin déplacé, le pupille jugé trop brutal, le jeune homme perdu de vue pendant la guerre, devient à la fin un homme seul, sans foyer, sans descendance, sans autre récit officiel que celui d’une mort dans l’eau d’un canal.
Le destin semble l'avoir ramené là où tout avait commencé. Né aux portes de Paris parce que la guerre avait déraciné ses parents, c'est dans cette même région parisienne qu'il termine son existence, seul, SDF, comme si la vie avait refermé sur lui un cercle dont il n'avait jamais réussi à s'échapper.
On aimerait trouver, dans une telle existence, un répit, une réparation, un retour. Mais rien, dans ce que l’on sait de lui, ne va dans ce sens. Le destin d’Edmond Olivier ne dévie jamais vraiment de la pente sur laquelle son enfance l’avait placé. Très tôt, la mort a dépeuplé sa famille. Très tôt aussi, l’administration l’a séparé des siens, déplacé, jugé, classé. Ensuite, la guerre l’a englouti dans l’incertitude. Puis les années ont passé sur lui comme elles passent sur les existences que personne n’attend, jusqu’à cette fin misérable et silencieuse.