Boez Bouez

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Certaines branches de notre arbre, discrètes, presque invisibles, le petit-bois,  cachent des vies qui ont tissé, sans bruit, le fil de notre histoire familiale.

Ce dossier est dédié à ces "rameaux cachés", ces ancêtres moins connus, dont les traces s’estompent au fil des siècles, parfois effacées par la rareté des archives, d’autres fois par le silence de l’histoire.

 

1 · D'où vient ce nom

Le nom Boez est surtout porté dans le Nord, tout comme sa variante Bouez, et son sens demeure incertain. Les dictionnaires se partagent trois familles d'hypothèses.

  • Il pourrait d'abord désigner un bois ou un petit bois
  • Un toponyme devenu nom de famille : un hameau s'appelle « le Boëz » à Wannehain (59). Autre possibilité toponymique, au moins pour Bouez : celui qui est originaire de Boué, commune de l'Aisne.
  • Mais l'hypothèse la mieux appuyée en fait une variante régionale du mot bœuf : Dauzat (1951) y voit une « forme dialectale de bœuf », sobriquet évoquant la force ou la corpulence, et la Revue française de Généalogie remonte le surnom Bouez au XIIIe siècle — « l'homme qui gardait ou possédait des bœufs », du latin bovis devenu buef. Le cousin des Bovet, Bouvet et des Bouvier.

Le nom reste rare :  404 naissances en France de 1891 à 1990, concentrées dans le Nord. Et Geneanet le confirme : la commune où le patronyme est le plus représenté est Gommegnies, avec 1 334 individus, devant Marchiennes et Maroilles. Nos Boez sont bien « de chez nous ».

2 · Dans mon arbre

De antoinette a domi

Antoinette Boez est mon ancêtre à la onzième génération, et son patronyme n'apparaît qu'une seule fois dans tout mon arbre. J'ignore qui furent ses ascendants, il n'en subsiste pas trace. Elle meurt le 28 octobre 1739, selon l'acte à l'âge de 80 ans, ce qui donne une naissance autre de 1659, si l'on considère comme crédible cette âge canonique !

 Je la rencontre comme l'épouse de Nicolas Bara, ou Baras, laboureur, avec qui elle aura au moins quatre enfants, un garçon et trois filles —Le nom Bara, lui, est fréquent dans le Nord et en Belgique, je l'ai déjà évoqué dans un précédent article.

Je descends de l'une des filles, Marie Catherine Bara, épouse de Thomas Antoine Somain, originaire de Vendegies-au-Bois.

Leur benjamin, Jacques François Somain, prend le métier de mulquinier — le tisserand de serge du Cambrésis — et vient épouser à Bertry, Marie Françoise Taine. Le couple aura au moins dix enfants, qui constitueront la souche Somain établie à Bertry.

3 · Où vivaient-ils

Cette onzième génération nous ramène au XVIIe siècle : Gommegnies comptait quelque 646 habitants en 1727 — le monde d'Antoinette tenait dans un bourg d'un demi-millier d'âmes.

le village se situe entre Le Quesnoy et Bavay, à 15 km de Valenciennes et 20 km de Maubeuge — en Avesnois, historiquement dans le Hainaut. Il s'étire le long de l'ancienne voie romaine de Bavay à Vermand : la chaussée Brunehaut, devenue la D932, l'une des plus longues lignes droites de France (54 km). Gommegnies est né au bord de cette route, à la lisière de la forêt de Mormal

Son nom apparaît dès 1117 sous la forme Gumeniis : la « propriété de Gumo ». Ses 38 km de rues sont entrecoupés de sentiers nommés « caches », où les villageois se cachaient autrefois pour fuir l'ennemi. La nappe phréatique affleure presque, d'où la profusion de puits, et l'Aunelle y prend sa source. Un monde d'eau douce, de prairies, de bois et de routes anciennes.

Mormal tableau

4 · Dans quel monde vivaient ils

Un finage antique d'abord : des tombeaux romains avec objets et monnaies des empereurs Gallien, Claude et Tétricus sont trouvés près de la chaussée — trois souverains du troisième quart du IIIe siècle. Le sol foulé par notre ancêtre était habité depuis l'Antiquité.

Une seigneurie devenue comté ensuite : sous la domination espagnole des archiducs Albert et Isabelle, des lettres données à Bruxelles le 8 février 1614 érigent la terre en comté pour Guillaume, baron de Hamal-Moncheaux, dont la famille descendait des anciens comtes de Hainaut. En 1647, la terre passe aux Franeau, qui la garderont jusqu'au XIXe siècle.

Un village-frontière surtout : brûlé en 1340, saccagé en 1359, détruit en 1554 par Henri II, église incendiée en 1635 par des partisans surnommés les « Qu'as-Tu-Là »  dont les habitants réfugiés dans la nef périrent brûlés  — voilà pourquoi les « caches » existaient. Ce n'est qu'en 1678 que le village cesse d'être frontalier, et qu'en mai 1709, des lettres données à Versailles érigent en comté français la baronnie « relevant du roi », enregistrées au Parlement de Flandres le 24 décembre 1709, pour Albert-Michel Franeau.

Un pays de bocage et de forêt enfin : polyculture et exploitation forestière aux abords de Mormal, la grande « forêt charbonnière » L'activité purement agricole coexiste avec des artisanats ruraux indispensables, l'exploitation du bois, les sabotiers et la meunerie : Le territoire aurait  compté jusqu'à onze moulins à eau et à vent pour transformer les récoltes de grains locales.

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Date de dernière mise à jour : Tue 01 Sep 2026

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