Blute Blutte

1. D’où vient ce nom

Le patronyme Blute — que l’on rencontre également sous les formes Blutte ou Bluté — tirerait son origine de l’ancien verbe bluter, attesté dès le Moyen Âge sous les formes beluter ou buleter. Il signifie « passer au blutoir », c’est-à-dire tamiser la farine afin d’en séparer le son.

Devenu patronyme, Blute aurait donc désigné celui qui blutait le grain : le meunier, son aide ou un ouvrier employé au moulin. Comme beaucoup de noms nés au Moyen Âge, il garderait ainsi la mémoire d’un métier.

Le nom est rare en France, et plus encore dans le Cambrésis, où ses porteurs semblent se rattacher à une même souche. Quelques Blute sont signalés à Cambrai dès le milieu du XVIIᵉ siècle. Ils exercent alors le métier de tailleur de pierre. Peut-être sont-ils arrivés au gré des chantiers et du compagnonnage, ces métiers itinérants conduisant souvent les hommes loin de leur lieu de naissance avant de les fixer auprès d’un ouvrage… ou d’une épouse.

2. Dans mon arbre

Elle est inscrite Emelie Blutte à son baptême, mais devient peu à peu Amélie Blute dans les actes de Bertry. Ce changement n’est sans doute pas une coquetterie de sa part : les officiers de l’état civil, lisant ou entendant un prénom peu familier, lui ont substitué celui qui leur paraissait le plus vraisemblable. À force de passer devant les bureaux, Emelie est ainsi devenue Amélie.

Elle naît en 1794 à Maretz, quatrième d’une fratrie de six enfants, au foyer de Joseph Blutte et de Nathalie Druon, cultivateurs. Sa mère meurt en 1807, à quarante-trois ans. Son père disparaît à son tour en mai 1820, quelques semaines avant l’événement qui fera entrer leur fille dans mon histoire familiale.

L’essentiel de ce que je sais des Blutte-Druon provient d’un document que j’ai la chance de conserver dans mes archives familiales : l’acte de succession dressé après la mort du père, en 1820. C’est de ce seul papier qu’émergent la composition de la fratrie, le métier des parents et leurs dates de décès. Les registres paroissiaux de Maretz antérieurs à 1797 ayant disparu, cet acte demeure l’une des rares pierres encore visibles de tout un pan de l’édifice familial.

Un autre document précieux complète cette histoire : le contrat de mariage conclu en 1820 entre Emelie et Pierre Pruvot, originaire de Bertry. Leur mariage est célébré le 7 août. Pour Emelie, qui n’a pas encore vingt-six ans, cette union marque à la fois le règlement de la succession de ses parents et la fondation d’un nouveau foyer. Pour Pierre, âgé de quarante-quatre ans, c’est un second mariage.

À trente ans, il avait épousé en premières noces une veuve de cinquante-trois ans. Cette première alliance avait peut-être plus à voir avec les nécessités matérielles qu’avec les élans du cœur. Sa seconde union inverse les âges : l’homme mûr et déjà établi épouse une jeune femme qui apporte pour sa part d’héritage son nom honnête et sa jeunesse.

De leur mariage naissent six enfants, dont cinq atteignent l’âge adulte. Amélie Blute et Pierre Pruvot deviennent ainsi les grands-parents de mon arrière-grand-mère Sophie Pruvot.  Par cette jeune femme venue de Maretz, dont le prénom lui-même s’est transformé au fil des actes, le rameau caché des Blutte a rejoint mon arbre.

3. Où vivaient-ils

Après son mariage, Emelie quitte Maretz pour s’établir à Bertry, le village natal de Pierre Pruvot. Elle ne part pourtant pas vers un monde inconnu : les deux communes sont voisines et appartiennent au même paysage du sud du Cambrésis.

Maretz s’étire le long de la chaussée Brunehaut, ancienne voie qui relie cette partie du territoire à Cambrai. Quelques kilomètres seulement séparent les deux villages : assez peu pour maintenir les liens familiaux, mais suffisamment pour qu’une jeune épouse change de maison, de paroisse et bientôt de nom dans les registres.

Au début de la vie d’Emelie, Maretz demeure encore largement tourné vers l’agriculture, mais le tissage y occupe déjà une place importante, comme dans de nombreuses communes du Cambrésis. Au cours du XIXᵉ siècle, l’implantation progressive de filatures puis la mécanisation transforment l’activité textile. Maretz s’insère ainsi dans un réseau de production qui relie les villages voisins, notamment Bertry et Busigny, aux centres plus industriels comme Caudry et Le Cateau-Cambrésis

En quittant Maretz pour Bertry, Emelie ne change donc pas véritablement de monde. Elle reste dans ce Cambrésis où la terre et le textile vivent côte à côte, et où le bruit des métiers accompagne peu à peu celui des travaux des champs.

4. Dans quel monde vivaient-ils

Emelie naît en 1794, au cœur de la Révolution, et meurt en 1872, aux débuts de la Troisième République. Entre ces deux dates, elle traverse presque tous les régimes politiques du XIXᵉ siècle : la Première République, le Consulat, l’Empire, la Restauration, la monarchie de Juillet, la Deuxième République, le Second Empire, puis une nouvelle République. Les gouvernements passent ; elle demeure.

Son existence est également encadrée par les guerres. Jeune femme, elle connaît les invasions de 1814 et 1815 ; au soir de sa vie, elle voit les troupes prussiennes entrer dans le Cambrésis après la défaite de 1870.

Elle assiste enfin à la transformation progressive de son pays : essor du textile et de la betterave, mécanisation des travaux, arrivée du chemin de fer. Née dans un monde encore proche de celui de ses parents, elle meurt à l’aube d’une société nouvelle. En près de quatre-vingts ans, Emelie aura décidément tout vu — ou presque.

Annexes :

Pour ceux qui aiment remonter aux sources et découvrir les pièces derrière l’histoire, le contrat de mariage d’Emelie et l’acte de succession de ses parents sont à consulter dans mes archives familiales numérisées l'année 1820

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Date de dernière mise à jour : Wed 29 Jul 2026

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