Elle est inscrite Emelie Blutte à son baptême, mais devient peu à peu Amélie Blute dans les actes de Bertry. Ce changement n’est sans doute pas une coquetterie de sa part : les officiers de l’état civil, lisant ou entendant un prénom peu familier, lui ont substitué celui qui leur paraissait le plus vraisemblable. À force de passer devant les bureaux, Emelie est ainsi devenue Amélie.
Elle naît en 1794 à Maretz, quatrième d’une fratrie de six enfants, au foyer de Joseph Blutte et de Nathalie Druon, cultivateurs. Sa mère meurt en 1807, à quarante-trois ans. Son père disparaît à son tour en mai 1820, quelques semaines avant l’événement qui fera entrer leur fille dans mon histoire familiale.
L’essentiel de ce que je sais des Blutte-Druon provient d’un document que j’ai la chance de conserver dans mes archives familiales : l’acte de succession dressé après la mort du père, en 1820. C’est de ce seul papier qu’émergent la composition de la fratrie, le métier des parents et leurs dates de décès. Les registres paroissiaux de Maretz antérieurs à 1797 ayant disparu, cet acte demeure l’une des rares pierres encore visibles de tout un pan de l’édifice familial.
Un autre document précieux complète cette histoire : le contrat de mariage conclu en 1820 entre Emelie et Pierre Pruvot, originaire de Bertry. Leur mariage est célébré le 7 août. Pour Emelie, qui n’a pas encore vingt-six ans, cette union marque à la fois le règlement de la succession de ses parents et la fondation d’un nouveau foyer. Pour Pierre, âgé de quarante-quatre ans, c’est un second mariage.
À trente ans, il avait épousé en premières noces une veuve de cinquante-trois ans. Cette première alliance avait peut-être plus à voir avec les nécessités matérielles qu’avec les élans du cœur. Sa seconde union inverse les âges : l’homme mûr et déjà établi épouse une jeune femme qui apporte pour sa part d’héritage son nom honnête et sa jeunesse.
De leur mariage naissent six enfants, dont cinq atteignent l’âge adulte. Amélie Blute et Pierre Pruvot deviennent ainsi les grands-parents de mon arrière-grand-mère Sophie Pruvot. Par cette jeune femme venue de Maretz, dont le prénom lui-même s’est transformé au fil des actes, le rameau caché des Blutte a rejoint mon arbre.