Marthe Denoyelle et Marthe Mairesse

29 juillet — Pour la Sainte-Marthe

Aujourd’hui, en ce jour de Sainte-Marthe, j’ai voulu me souvenir de deux de mes aïeules à la onzième génération, toutes deux nées à Bertry vers 1675 : Marie Marthe Denoyelle et Marie Marthe Mairesse.

Leur existence nous échappe en grande partie. Nous ignorons même leur date exacte de naissance : avec elles, nous touchons aux confins de ce que la généalogie et les registres paroissiaux peuvent encore nous révéler.

L’ordonnance de Villers-Cotterêts, qui impose notamment la tenue de registres de baptêmes, date pourtant de 1539. Mais Villers-Cotterêts appartient alors au royaume de France, tandis que Bertry et le Cambrésis ne deviendront français qu’en 1678. Les registres de cette période sont rares, incomplets ou ont disparu, emportant avec eux une part de la vie de ceux qui nous ont précédés.

Vers 1675, Bertry est un village dont le cœur bat au rythme des métiers des mulquiniers. La région a connu les famines, les guerres presque continuelles entre Français et Espagnols, et se remet à peine de la peste qui l’a frappée en 1663. Et pourtant, la vie continue : on travaille, on se marie, on donne naissance à des enfants et, malgré les épreuves, les familles poursuivent leur chemin.

Le prénom Marthe connaît alors une certaine faveur. Rien de comparable avec la popularité qu’il rencontrera au XIXᵉ siècle, mais assez pour que, à quelques années d’intervalle, deux Marie Marthe voient le jour à Bertry.

Nous ne saurons jamais à quoi elles ressemblaient ni quelle fut exactement leur existence. Mais nous pouvons entrevoir ce que pouvait être la vie d’une femme à Bertry entre la fin du XVIIᵉ et le début du XVIIIᵉ siècle.

Village 1650

Dès l’enfance, puis comme épouse et mère, les journées étaient rythmées par les travaux du foyer : entretenir le feu, préparer les repas, puiser l’eau, laver et raccommoder le linge, soigner quelques bêtes, cultiver le jardin et conserver les provisions pour l’hiver.

Pieter van roestraten femme faisant des crepes

Dans un village vivant au rythme des mulquiniers, les femmes participaient aussi  aux travaux du textile, notamment à la préparation et au filage du lin, activités  accomplies à la maison et demeurées dans l’ombre des actes.

Leur vie fut également celle des maternités, des enfants à élever et, trop souvent, des deuils précoces.

Elle suivait le calendrier des saisons et celui de l’Église, entre les dimanches, les fêtes religieuses, les travaux agricoles et les inquiétudes causées par une mauvaise récolte, une maladie ou le retour de la guerre.

Il y eut forcément des jours de peine et de fatigue, mais aussi des veillées, des fêtes, des conversations entre voisines et des moments de joie familiale : tout ce qui compose une existence ordinaire et dont les registres ne gardent presque aucune trace.

Marie Marthe Denoyelle

De Marie Marthe Denoyelle, nous ne savons presque rien avant son mariage. Ses parents nous sont inconnus et nous ignorons si elle eut des frères et sœurs.

Elle épouse Jean Haimé avant 1692. De leur union naissent six enfants : une fille et cinq garçons. Je descends du benjamin de la fratrie, Jean-Baptiste Haimé.

Marie Marthe Denoyelle s’éteint à Bertry le 25 novembre 1739.

Marie Marthe Mairesse

Les archives soulèvent un peu davantage le voile sur les origines de Marie Marthe Mairesse. Elles nous apprennent qu’elle est la fille légitime de Jacques Mairesse ; comme cela arrive souvent dans les actes de cette époque, le nom de sa mère n’est pas mentionné.

Elle épouse Léon Lenglet. Le couple aura trois enfants, parmi lesquels Jean-Pierre Lenglet, mon aïeul.

Puis Marie Marthe disparaît de nouveau dans le silence des archives. Les lacunes du registre ne permettent pas de retrouver son décès ; nous savons seulement qu’elle vivait encore en 1751.

Ainsi demeurent-elles toutes deux, à la lisière de l’histoire et du silence : assez proches pour que nous connaissions leurs noms et quelques fragments de leur existence, mais déjà trop lointaines pour que les archives nous rendent leurs visages.

En ce 29 juillet, jour de la Sainte-Marthe, il était naturel de leur redonner une place, modeste mais bien vivante, dans la mémoire familiale. Après tout, lorsqu’un registre se tait, il appartient  aux descendants  de renouer doucement le fil vers ces invisibles.

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Date de dernière mise à jour : Wed 29 Jul 2026

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