Lorsque la Grande Guerre éclate en août 1914, quatre fils d’Henri Blondelle et d’Hortense Louvet appartiennent aux générations susceptibles de porter l’uniforme, mais leurs situations sont très différentes.
Philippe, garde champêtre à Bertry depuis 1907, est déclaré non disponible en raison de sa fonction. Le benjamin, Léonard, de la classe 1915, n’est pas recensé « en temps utile pour raison de force majeure » : le Cambrésis est occupé par l’armée allemande et coupé de la France libre. Il n’effectuera son service militaire qu’en 1919.
Léon Émile, atteint de bronchite, est réformé pour raisons de santé et n’est pas mobilisé. Georges, en revanche, part combattre.
Pour Odile et ses proches, la guerre ne se résume pas à l’absence d’un frère parti au front. Bertry se trouve en territoire occupé, à quelques dizaines de kilomètres seulement des combats. Les soldats et les convois traversent les environs, parfois à quelques centaines de mètres du village, pour rejoindre les lignes. La canonnade se fait entendre. Les habitants subissent les réquisitions, les restrictions, les interdictions et l’incertitude des nouvelles.
En mars 1916, Georges périt sur le front. À peine un mois plus tard, en avril, Léon Émile meurt à son tour, non sous les obus, mais dans son lit, à Bertry.
Deux frères disparaissent à quelques semaines d’intervalle : l’un emporté par la guerre, l’autre par cette maladie qui l’avait tenu éloigné des combats sans parvenir à l’épargner.
Odile a vingt-sept ans. Elle a désormais perdu quatre membres de sa fratrie. Heureusement, son histoire ne peut se résumer à ces absences : au lendemain de la guerre, la jeune femme va reprendre le fil de sa propre vie.