Bertry – 19 octobre 1918

By rue du bois

Il y a 108 ans, Bertry était libre depuis neuf jours. Mais ce 19 octobre 1918, les obus allemands allaient encore faire quatre victimes dans le village.

La rue du Bois, je la connais bien. C'est l'actuelle rue Lazare-Carnot, celle où habitaient mes grands-parents et que j'empruntais chaque jour pour me rendre à l'école. Elle part de l'ancienne mairie et rejoint la rue Jeanne-d'Arc, où se trouvait la boucherie de mes parents.

Sur cette ancienne carte postale de la place de la Mairie et de la rue du Bois, les traces de la guerre sont encore visibles. À gauche, les maisons endommagées témoignent du bombardement du 19 octobre 1918. Pourtant, dans la rue, la vie semble avoir repris son cours. Quelques habitants, des enfants, posent devant le photographe.

C'est sur cette même place que sera érigé, quelques années plus tard, le monument aux morts. Comme si ce lieu, déjà marqué par la guerre, était destiné à en conserver la mémoire.

Libérés, mais pas encore en paix

Depuis août 1914, Bertry vivait sous occupation allemande. Quatre années de guerre, de privations et d'incertitude.

Les 9 et 10 octobre 1918, les troupes alliées avaient enfin repris le village. Les Allemands se retiraient vers l'est, poursuivis par les Britanniques et leurs alliés.

On pouvait espérer que le plus dur était passé.

Mais le front n'était pas loin. À quelques kilomètres, les combats se poursuivaient sur la Selle. L'armée allemande reculait, certes, mais son artillerie pouvait encore atteindre les villages libérés.

Bertry, avec sa gare et ses voies de communication, conservait un intérêt militaire. Les troupes alliées progressaient, les hommes et le matériel circulaient. Les batteries allemandes continuaient de tirer sur l'arrière du front.

Le 19 octobre, les obus tombèrent sur la rue du Bois.

Un famille frappée deux fois par la même guerre

Parmi les victimes se trouvaient Aimée Herbet , 55 ans, et son fils Léon Méresse, âgé de seulement 15 ans.

Aimée était née en 1863. Épouse d'Alfred Meresse, elle avait donné naissance à six enfants.

L'un d'eux, Valentin, né en 1896, avait été fusillé par les Allemands lors de l'invasion d'août 1914. Il n'avait que 17 ans.

On imagine ce qu'avaient été les quatre années suivantes pour cette mère, avec le souvenir de son garçon et les inquiétudes d'une famille vivant sous l'occupation.

Et voilà qu'en octobre 1918, alors que les Allemands avaient enfin quitté Bertry, Aimée et son fils Léon trouvaient à leur tour la mort sous les obus.

En quatre ans, cette famille avait perdu une mère et deux fils, victimes civiles de la même guerre.

 

Deux autres vies fauchées

Maria Bouvelle avait 44 ans. Épouse d'Adolphe Bougaut, elle était mère de deux enfants.

La quatrième victime était une toute jeune fille, Georgina LENGLET, âgée de 18 ans, fille de Célestin Lenglet et de Marie Haimel.

Son patronyme m'est familier : Georgina était une lointaine cousine de mon grand-père. 

Vingt-trois jours avant l'Armistice

Derrière ces quatre noms, il y avait des familles, des enfants, des parents, des voisins. Des vies ordinaires que la guerre venait une dernière fois bouleverser, si près de la fin !

Depuis le début du mois d'octobre, l'Allemagne avait engagé des démarches pour obtenir un armistice. La nouvelle avait fait naître l'espoir d'une paix prochaine. Et à Bertry, après quatre années d'occupation, la libération du village avait forcément engendré cet espoir.

Effectivement, Vingt-trois jours plus tard, le 11 novembre, les armes se tairaient enfin. A Bertry, ce 19 octobre 1918, la paix viendrait trop tard pour quatre de ses habitants.

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Date de dernière mise à jour : Mon 19 Oct 2026

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