l y a, dans bien des villes et villages de France, une rue du 4 Septembre. On la traverse souvent sans se demander d’où vient son nom, comme un simple jalon dans le labyrinthe des plaques bleues. Pourtant, derrière cette date se cache un tournant majeur de notre histoire.
Nous sommes le 4 septembre 1870.
Depuis deux mois, la France est engagée dans une guerre terrible contre la Prusse. Le 2 septembre, à Sedan, l’armée française est écrasée. L’empereur Napoléon III est fait prisonnier. Deux jours plus tard, à Paris, la foule envahit l’Assemblée nationale. Dans un vent de colère et d’espoir mêlés, Léon Gambetta et Jules Favre proclament la chute du Second Empire et la naissance de la Troisième République.
Un mot résonne alors dans les rues : liberté.
Pourtant, la République ne s’installe pas encore en paix : la guerre continue, la Commune de Paris éclate en 1871, et notre région, comme une large partie du Nord, tombe sous l’occupation prussienne.
À Bertry, comme ailleurs, les habitants voient passer les uhlans, logés parfois chez l’habitant, imposant leurs réquisitions. Il faudra attendre 1872 pour que les troupes prussiennes quittent enfin le village. Et l’on devine, dans ces ruelles encore empreintes de silence, l’amertume durable laissée par cette présence étrangère.
C’est sans doute dans ce contexte qu’a été baptisée notre rue du 4 Septembre.
Un geste de mémoire, mais aussi un acte de ralliement. En inscrivant cette date dans nos murs, on affirmait son attachement à la République naissante, à la liberté reconquise.