Nos trois conscrits ont rejoint leur affectation respective lorsque, le 3 août 1914, l’Empire allemand déclare la guerre à la France :
- Charles est affecté au service auxiliaire — comme infirmier militaire — en raison de problèmes aux jambes.
- René, le boulanger, intègre, dans un premier temps, la section des commis préposés au ravitaillement des troupes.
- Eugène est versé dans l’artillerie comme canonnier.
Les hommes sont partis à la guerre, mais, moins de quatre semaines plus tard, c’est la guerre qui arrive au village. On assiste à la réquisition, par la commission militaire, des meilleurs chevaux.
Puis ce sont les rumeurs alarmantes qui commencent à filtrer malgré la censure. Les Allemands commettent des atrocités en Belgique : ils tuent des civils, violent des femmes, incendient des maisons.
Dès le 24 août passent les premiers fuyards d’une armée française désorganisée ; le lendemain, ce sont les troupes anglaises qui défilent, poursuivies par les Allemands.
L’attaque allemande du 26 août 1914 est décisive. L’ennemi s’empare de tout l’est et le sud du Cambrésis, commettant de nombreuses exactions : incendies, assassinats de civils.
La population restera quatre longues années sous le joug de l’occupation allemande, subissant réquisitions et privations, toujours à faible distance de la ligne de front, jusqu’à la libération par les troupes alliées en octobre 1918.
À la fin de la guerre, rien ne sera plus pareil.
Charles souffrira toute sa vie de troubles neurologiques. Eugène s’enfermera dans le mutisme à propos de cet épisode de son existence. Il refusera l’indemnité pour blessure de guerre. Il conservera toute sa vie, dans son portefeuille, la photo de son jeune frère René, porté disparu.
Ci-dessous : Charles à gauche, puis René au centre, et Eugène à droite.