Le patronyme Bleuze est un nom de famille relativement courant, mais qui pose une petite énigme aux généalogistes : il est probablement apparu indépendamment à plusieurs endroits, ce qui suppose plusieurs souches et plusieurs ancêtres distincts à l'origine. Autrement dit, tous les Bleuze de France ne descendent pas d'un même aïeul commun — chaque branche a sa propre histoire.
Porté notamment dans l'Aisne, le nom serait une forme régionale du prénom Blaise. On trouve d'ailleurs, dans le Nord-Pas-de-Calais et en Belgique, des diminutifs comme : Bleuse, Bleuset, Bleuzet, Bleusez, Bleuzat. Une jolie petite tribu phonétique, qui dit bien la vitalité du prénom-souche dans les parlers picards et flamands.
Un prénom, un saint, une dévotion populaire
D'où vient ce prénom Blaise, qui s'est suffisamment répandu pour donner naissance à autant de patronymes ? Il faut remonter très loin, au tout début du IVe siècle, en Arménie, où vécut un certain Blaise de Sébaste — médecin devenu évêque, martyrisé vers 316 sous l'empereur Licinius. La légende rapporte qu'il aurait, sur le chemin du supplice, sauvé miraculeusement un enfant qui s'étouffait avec une arête de poisson. Ce geste lui vaudra, pour les siècles à venir, d'être invoqué contre les maux de gorge.
Ce saint est aussi, et ce n'est pas anodin pour notre Picardie textile, le patron des cardeurs de laine. La tradition voulait, en effet, que ses bourreaux aient utilisé des peignes de fer — outils du métier — pour le supplicier. De ce fait, dans toutes les régions où le travail de la laine tenait une place importante (la Picardie en faisait partie), Blaise était un saint familier, fêté avec ferveur dans les confréries d'artisans.