Bleuse

1 — D'où vient ce nom

Le patronyme Bleuze est un nom de famille relativement courant, mais qui pose une petite énigme aux généalogistes : il est probablement apparu indépendamment à plusieurs endroits, ce qui suppose plusieurs souches et plusieurs ancêtres distincts à l'origine. Autrement dit, tous les Bleuze de France ne descendent pas d'un même aïeul commun — chaque branche a sa propre histoire.

Porté notamment dans l'Aisne,  le nom serait une forme régionale du prénom Blaise. On trouve d'ailleurs, dans le Nord-Pas-de-Calais et en Belgique,  des diminutifs comme : Bleuse, Bleuset, Bleuzet, Bleusez, Bleuzat. Une jolie petite tribu phonétique, qui dit bien la vitalité du prénom-souche dans les parlers picards et flamands.

Un prénom, un saint, une dévotion populaire

D'où vient ce prénom Blaise, qui s'est suffisamment répandu pour donner naissance à autant de patronymes ? Il faut remonter très loin, au tout début du IVe siècle, en Arménie, où vécut un certain Blaise de Sébaste — médecin devenu évêque, martyrisé vers 316 sous l'empereur Licinius. La légende rapporte qu'il aurait, sur le chemin du supplice, sauvé miraculeusement un enfant qui s'étouffait avec une arête de poisson. Ce geste lui vaudra, pour les siècles à venir, d'être invoqué contre les maux de gorge.

Ce saint est aussi, et ce n'est pas anodin pour notre Picardie textile, le patron des cardeurs de laine. La tradition voulait, en effet, que ses bourreaux aient utilisé des peignes de fer — outils du métier — pour le supplicier. De ce fait, dans toutes les régions où le travail de la laine tenait une place importante (la Picardie en faisait partie), Blaise était un saint familier, fêté avec ferveur dans les confréries d'artisans.

2 — Dans mon arbre

Jeanne Bleuze serait née vers 1671 à Alaincourt, dans l'Aisne. Cette date reste une estimation : je n'ai pas retrouvé son acte de baptême, mais je l'ai déduite en remontant d'une vingtaine d'années avant son mariage, comme c'est l'usage quand les registres font défaut.

Son père est Claude Bleuze ; sa mère, elle, ne sera jamais nommée — sort commun des femmes dans les registres anciens, où elles n'apparaissent souvent que comme « son épouse » ou « la mère de ». Une silhouette muette de plus dans la longue cohorte des aïeules sans nom.

Le 9 décembre 1691, à une vingtaine d'années, Jeanne épouse Nicolas Sellier. J'ai la chance de posséder une copie de leur acte de mariage religieux — le seul qui existe à cette époque, le mariage civil n'apparaîtra qu'un siècle plus tard, avec la Révolution.

Nicolas est laboureur. Le mot peut prêter à confusion aujourd'hui : au XVIIe siècle, le laboureur n'est pas un simple ouvrier agricole, mais un paysan qui possède son attelage, ses bêtes de trait et ses charrues. Il fait partie de l'élite du monde rural, celle qui peut nourrir sa famille sans dépendre entièrement du travail chez autrui. C'est donc dans une certaine aisance — toute relative — que Jeanne fonde son foyer.

À ma connaissance, le couple aura au moins deux enfants :

  • Françoise Sellier, l'aînée, née en 1694 ;
  • Claude Sellier, mon aïeul, né bien plus tard, en 1708 — soit dix-sept ans après le mariage de ses parents. Entre les deux, d'autres enfants ont sans doute vu le jour, mais leurs traces m'échappent encore.

Jeanne devient veuve en 1735, à environ 64 ans. Elle survivra douze années encore à son mari, et s'éteindra le 9 mai 1747, dans son village natal d'Alaincourt, où elle aura vraisemblablement passé toute sa vie. Une longévité remarquable pour une femme de son temps.

3 — Où vivaient-ils

Les Bleuze sont essentiellement une famille de l'Aisne. C'est dans ce département, au cœur de la Picardie, que se concentre la majorité des porteurs de ce patronyme en France. Jeanne ne fait pas exception à la règle : elle naît, vit et meurt à Alaincourt, ce petit village où ses ancêtres avaient sans doute pris racine bien avant elle.

Ceux qui me suivent depuis longtemps le savent : cette branche est assez exceptionnelle dans mon arbre, originaire à près de 90 % du Cambrésis. Les Bleuze d'Alaincourt font figure d'îlot, une petite enclave au milieu d'une généalogie majoritairement nordiste.

Comment alors cette branche est-elle venue se greffer sur le tronc familial ? La réponse tient en une génération : c'est la petite-fille de Jeanne, Marie Marguerite Sellier, qui fera le pont entre les deux territoires. Née et mariée à Alaincourt avec Marius Louvet, le jeune couple choisira de s'établir à Bertry, en Cambrésis. C'est cette migration — un déplacement somme toute modeste à vol d'oiseau, mais lourd de conséquences pour la suite de l'arbre — qui ramènera le sang des Bleuze dans le Cambrésis, où il se fondra peu à peu.

Alaincourt, situé dans la vallée de l'Oise, à proximité de Saint-Quentin, est à l'époque de Jeanne un village agricole comme la région en compte tant : terres céréalières, élevage, paroisse rurale rythmée par les saisons et le clocher. Une terre fertile, mais aussi — nous le verrons dans la dernière partie — une terre de passage, exposée aux turbulences du XVIIe siècle.

Date de dernière mise à jour : Wed 06 May 2026

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