Les champs, morcelés en petites parcelles, se noient l’hiver dans des brumes froides qui montent des marais et des ruisseaux, tandis que les fumées des feux de bois traînent bas sur les toits de chaume.Le village sent la tourbe qui fume dans les foyers, le pain de seigle un peu aigre et et le suif des chandelles de fortune qui pue dans les chaumières en torchis et terre battue. Pour Jeanne et les siens, la nuit tombe vite, et le froid avec.
Les cloches de l’église rythment les jours.
Le territoire, officiellement neutre, demeure en réalité sous l’influence du Saint-Empire romain germanique. On y parle picard, français, parfois flamand. On y compte en sous, en patars, en florins. À Cambrai, l’hôpital Saint-Ladre n’est pas un établissement de soins moderne, mais une léproserie où l’on tient à distance ceux que l’on redoute.
Les routes sont mauvaises, les guerres fréquentes, les hivers rudes. Et pourtant, la vie de Jeanne ressemble à celle de milliers d’autres : tenir une maison, cultiver un lopin, affronter la mortalité des enfants, prier, transmettre. Elle ne laisse ni signature, ni acte notarié, ni pierre gravée — mais elle appartient à cette génération charnière qui ferme doucement le Moyen Âge et entrouvre la porte des temps modernes.
