Vers la fin du XVIIIᵉ siècle, dans un village comme le nôtre, le métier de tailleur d’habits demandait patience et précision. Il travaillait le plus souvent seul, parfois aidé d’un apprenti, dans une pièce modeste où s’entassaient étoffes, bobines de fil et grandes cisailles. Les clients apportaient leur tissu — drap, toile, lin ou chanvre — et le tailleur découpait, ajustait, cousait chaque vêtement à la main, point après point.
Dans les campagnes, on ne courait pas après la mode : on cherchait des vêtements solides et durables. Beaucoup de familles faisaient confectionner un costume pour la noce… qui durerait toute une vie, jusqu’à l’enterrement. Chez les plus pauvres, on empruntait ou on louait parfois un habit de mariage, qu’on rendait soigneusement repassé une fois la cérémonie terminée.
Grégoire habillait tout le monde : hommes, femmes, enfants, pour les noces, les baptêmes, les deuils. On le payait en argent quand on pouvait, mais souvent aussi en nature : un panier d’œufs, quelques gerbes, un peu de bois.
Artisan aisé et respecté; sans être vraiment riche, il tenait son rang parmi les métiers du village : maréchal-ferrant, cordonnier, sabotier. Il connaissait les mesures de chacun… et souvent les histoires qui les accompagnaient.