Les fiches matricules militaires sont souvent des mines d’or pour le généalogiste : elles révèlent les visages, les tailles, les métiers, les destins.
Hélas, les premières fiches conservées ne concernent que les conscrits de la classe 1866. Orense, né en 1845, appartient à la classe 1865 — il s’en est donc fallu d’un an pour que sa trace échappe aux archives militaires.
Heureusement, le registre de conscription de cette année-là a été conservé. J’y ai retrouvé les précieux éléments physiques qui dessinent enfin les traits de l’homme derrière la légende : un jeune au visage rond, mesurant 1 mètre 59, les cheveux châtains et les yeux bleus, exerçant la profession de cordonnier, comme son père.

Vint alors le temps du tirage au sort, cette loterie du destin propre au XIXᵉ siècle.
Chaque jeune homme de vingt ans y jouait, en tremblant, sa jeunesse et parfois sa vie : les numéros les plus bas désignaient ceux qui partiraient pour cinq longues années de service militaire.
Orense a la malchance de tirer le numéro 57 : il sera bon pour le service.
Ces billets de conscrits avaient une valeur symbolique immense : ils décidaient du sort d’une famille. Beaucoup furent conservés, encadrés ou richement décorés, véritables reliques d’un passage obligé vers l’âge adulte — comme celui ci-dessous.