Les déboires d'Auguste Ciriez (1842-1926)
Une honnête transaction
Ah, Auguste Ciriez ! Marchand de bestiaux à Bertry, il avait le cœur sur la main et la confiance un brin trop grande. Bon enfant, diront certains ; bien naïf, diront d’autres. Toujours est-il que notre brave homme vient d’ajouter une belle ligne à son palmarès de déboires commerciaux. L’histoire, relatée par Le Guetteur de Saint-Quentin et de l’Aisne en ce mois de novembre 1896, vaut son pesant d’avoine.
Tout commença cinq ans plus tôt, lorsqu’un certain François Glacet, tisseur de Saint-Vaast, acheta à notre cher Ciriez une vache bien portante pour la somme rondelette de 325 francs. Homme de confiance et adepte des arrangements amiables, Ciriez accepta un acompte de 150 francs et remit l’animal à Glacet, qui promit de solder la dette sous peu.
Un beau tour de passe-passe
Le dit « sous peu » s’étira plus que de raison. Pas de Glacet, pas de règlement, Quelques temps après, Auguste Ciriez se promenait sur le marché de Cambrai et manqua s’étrangler en reconnaissant la fameuse vache mise en vente comme si de rien n’était ! Se frottant les yeux, il interrogea Glacet, qui lui répondit avec un aplomb déconcertant :
— Elle ne plaisait pas à ma femme, alors je l’ai revendue à 175 francs !
Ah, mais qu’il se rassure, la dette serait bien réglée ! « D’ici deux ou trois jours, à l’auberge Coquelle, rue des Carmes », assura-t-il avec un grand sourire.
Trois jours passèrent. Puis trois mois. Puis cinq ans. Ciriez accumula les promesses de Glacet, mais ne vit pas l’ombre d’un billet de banque. On imagine la stupeur de notre brave Auguste, qui comprit un peu tard qu’il s’était fait rouler dans la farine comme un novice.
Faut-il s’en étonner ? Auguste Ciriez, avait déjà prouvé qu’en matière d’affaires, il était plus confiant que stratège ce qui l’avait mené à la faillite une première fois en 1879. Cette histoire de vache envolée venait, en quelque sorte, couronner son palmarès. L’affaire ne resta pourtant pas sans suite. Après des années de promesses jamais tenues, la justice finit par s’en mêler. En août 1898, François Glacet, l’indélicat acheteur, fut condamné à six jours de prison pour abus de confiance.
Un peu de généalogie
Cinquième d’une fratrie de huit enfants, Auguste Ciriez vécut à Bertry toute sa vie. Un benjamin mourut à l’âge de deux ans ; parmi les survivants, il n’eut qu’un seul frère, Onésime, demeuré célibataire, et cinq sœurs. Auguste se maria à trente et un ans. et eut trois enfants.
Au plan professionnel, Auguste n’innova guère. Comme son père avant lui, comme son grand-père Michel Ciriez, époux d’Élisabeth Louvet — nos ancêtres commmuns — il exerça le métier de marchand de bestiaux. Son frère Onésime suivit la même voie. Chez les Ciriez, le commerce des vaches était une affaire de transmission. Au XIXᵉ siècle, les maquignons — intermédiaires indispensables entre paysans et marchés — exerçaient un métier reconnu, couramment sollicité, bien loin de la connotation péjorative que le terme a acquise plus tard.
Il meurt à Bertry en 1926, là où il avait vécu et travaillé. La vache, elle, a disparu depuis longtemps. Quant à l’homme, s’il n’avait laissé derrière lui que les registres, il ne serait sans doute qu’un nom parmi d’autres. Mais l’article de presse de 1896, en relatant cette affaire de vache jamais payée, lui rend une épaisseur, une humanité. Grâce à lui, Auguste Ciriez cesse d’être une simple ligne d’état civil pour redevenir, l’espace d’un instant, un homme bien réel.

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Date de dernière mise à jour : Ven 20 fév 2026
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