Je poursuivis mon enquête, cherchant à en savoir davantage sur la famille de Louis. « Était-il marié ? » demandai-je, espérant découvrir un peu plus sur l’homme derrière l’accident.
L'homme hocha la tête. «Oui, il s’était marié une dizaine d’années plus tôt, avec Léonie Lempereur. Une jeunette de Clary, le village d’à côté. Il avait bien dix ans de plus qu’elle » Il marqua une pause avant de reprendre, « Ils avaient deux garçons. Louis, le premier, devait avoir sept ou huit ans, et Henri, presque un nourrisson, c’etait tout juste s’il marchait.»
Je notai dans mon carnet que son épouse se faisait appeler Léonie, bien que son prénom officiel fût Appolonie. Un prénom moins commun, mais bien ancré dans la tradition de la région.
Je poursuivis, toujours curieuse de découvrir davantage sur cet homme qui, malgré son triste destin, avait sûrement eu une vie pleine d'histoires. « Louis, il a fait la guerre, non ? » demandai-je.
L'homme me regarda, sa pipe suspendue à ses lèvres, avant de reprendre la parole, un brin nostalgique. « Ah, ça oui, Louis, il a bien connu l'armée. Il a fait la campagne de 1870, contre ces maudits Prussiens, dans l’armée du Nord, avec le général Faidherbe. Il était tout jeune. C’était pas facile, croyez-moi ! Il en parlait parfois, mais jamais vraiment en détail. Il n’avait pas l’âme d’un soldat, tu sais. C’était un homme de la terre, un travailleur. »