Flore Pruvot (1859-1935)

Bertry 1867

Le premier jour de l’année 1867 se lève, froid, sur Bertry.

Dans la maison de la rue de Busigny, on a peu dormi cette nuit-là. La lampe a brûlé tard, et les pas ont souvent résonné dans la pièce à vivre. Le métier à tisser est silencieux pour une fois. Pierre Pruvot, le père, a suspendu son travail le temps de cette naissance — un luxe rare. Dans l’alcôve proche, Thérèse Chassat vient de mettre au monde un enfant.

Flore, qui a sept ans, n’a pas tout compris de l’agitation de la nuit. sa mère lui montre la petite Geneviève, emmaillotée dans une couverture de laine grise. « Voici ta sœur, maintenant », murmure la mère, le visage tiré par la fatigue mais les yeux brillants.  Flore découvre le visage ridé de sa sœur nouvelle-née, les poings serrés, les paupières lourdes. « Elle est toute petite » doit elle penser. Dans le même temps elle se rend compte qu’elle a perdu cette place de petite dernière, qui était la sienne depuis 7 ans.

Rue de Busigny

Pierre et Thérèse sont tisseurs. Leur maison est semblable à tant d’autres dans le village : une bâtisse basse faite de « pagnons » ces blocs d’argile mêlés de paille, coiffée d’un toit de paille que les pluies ont noirci par endroits. Flanquée d’un étroit jardin ou poussent choux et poireaux,  et d’une petite cour où picorent quelques poules. Certains disposent d’une citerne, d’autres vont chercher l’eau à la fontaine, à l’aide d’un broc ou d’un seau dont l’anse tinte contre le métal. Derrière la porte, on entre dans ce que l’on appelle simplement la salle.

Une grande table de bois occupe le centre de la pièce, entourée de quelques chaises solides. Dans un coin se trouve l’évier : un large bac de pierre où l’on lave la vaisselle et où l’on remplit les seaux d’eau rapportés de la fontaine. Tout près, la grosse cuisinière de fonte tient lieu à la fois de foyer et de fourneau. Elle chauffe la maison l’hiver et porte les marmites où mijotent les soupes de légumes qui nourrissent la famille.

Le métier à tisser n’est pas installé ici. Dans bien des maisons de tisseurs du Cambrésis, on l’installe hors de la pièce commune : parfois dans une cave où l’humidité conserve la souplesse des fils de lin, parfois dans une pièce à l’avant de la maison, tournée vers la rue pour profiter de la lumière.

C’est là que travaillent Pierre Pruvot et son épouse.

Lorsque la journée commence, le bruit régulier du métier accompagne la vie de la maison. Le battement du bois, le glissement de la navette, le frottement des fils composent une musique obstinée qui dure des heures. L’air y garde une odeur particulière : celle de la laine cardée et de l’huile de lin. Une odeur forte, familière, qui finit par s’attacher aux mains, aux vêtements, aux murs eux-mêmes.

The old occupation of tisserand or weaver in new france 1

L'enfance

Née en novembre 1859, Flore a deux frères Jean-Baptiste, de cinq ans plus âgé, et Théodore, qui la devance de deux années. Longtemps, elle est restée la petite sœur que l’on protège des dangers de la rue, de l’abreuvoir tout proche, des lourdes charrettes qui passent. La rue de Busigny est un peu à l’écart du cœur du village. Là vivent des gens de métier, des travailleurs de leurs mains. Les voisins se connaissent tous, le paysan François Vitaux, le charron Simon Lechef, ou le maréchal ferrant  rythment la vie du quartier.

Au milieu du XIX siècle, Bertry n’est pas un village endormi. Avec près de trois mille habitants, c’est une petite bourgade active du Cambrésis, où les métiers à tisser battent leur cadence dans bien des maisons.

Brasserie fontaine

Les rues sont animées, les artisans et les commerçants nombreux. La bière fait presque partie du paysage. Bertry possèdera jusqu’à trois brasseries.  On en boit sans façon, du matin au soir.

Les adultes comme les enfants y ont droit, car la bière légère accompagne souvent le repas. Elle est plus saine que l’eau, non potable. Dans ce pays de brasseurs et de tisseurs, elle fait partie des habitudes aussi naturellement que le pain ou la soupe.

Les estaminets et débitants ne manquent pas pour écouler la production. On y vient pour boire une pinte, parler travail et refaire le monde à voix haute. Il arrive aussi, malheureusement ,que les quelques pièces de la paie de la semaine y restent, sur le comptoir.

Une famille catholique.

Chez les Pruvot, la religion est une pratique héritée des générations précédentes.  Toutefois, à Bertry, La religion réformée s’est implantée depuis quelques décennies, et y rassemble un nombre important de fidèles. Dans la famille Pruvot, les chemins religieux ont pu diverger : un petit-cousin de Pierre, Jean-Baptiste Pruvot, choisira plus tard cette voie et deviendra pasteur protestant.

Pierre et Thérèse demeurent catholiques, et leurs enfants suivent naturellement les usages de l’Église. Dès le lendemain de sa naissance, la petite Geneviève sera portée à l’église pour recevoir ce premier sacrement.

Le clocher massif, d’allure fortifiée en pierre blanche domine tout le village. On le voit de loin, dressé au-dessus des toits. C’est là que l’on baptise les enfants, que l’on consacre les mariages, que l’on accompagne les morts et que Flore commence l’apprentissage du catéchisme.

Bertry eglise clocher

Les enfants Pruvot ne passent pas toutes leurs journées à la maison. Très tôt, ils ont appris à observer le travail du tissage, à manier les fils, à rendre de petits services autour du métier. Dans les familles de tisseurs, on grandit au rythme du travail, et on produit ses premières pièces vers 10-12 ans. Mais, lorsque la saison et les besoins de la maison le permettent, les enfants fréquentent aussi l’école communale du village.

A l'école

Tous les enfants n’y viennent pas régulièrement : elle n’est pas encore obligatoire et les travaux de la maison ou de l’atelier réclament parfois leurs bras.

Pierre et Thérèse tiennent à ce que les leurs y passent quelques années. Eux-mêmes n’ont jamais appris à écrire ; au bas des registres, ils ne laissent qu’une croix maladroite. Que leurs enfants sachent un jour signer leur nom leur paraît déjà beaucoup.

L’école se tient alors dans le bâtiment de la mairie, tout près de l’église. Dans les salles de classe où les bancs de bois sont alignés face au tableau noir, ils apprennent à former les lettres, à lire à haute voix et à compter un peu.

59 bertry place de la mairie vieille carte postale 1

Les grands-parents

Le dimanche, après la messe ou lors de quelque après-midi tranquille, la famille au complet ou les enfants, se rendent à la Belle-vue,  alors nouveau quartier qui commence seulement alors à se bâtir, au nord de la rue de Fervacques et en bordure des champs. C’est dans cette rue, qui deviendra rue Zola, que vivent leurs grands-parents maternels, jean Philippe Chassat et Anne Geneviève Gave. Les grands-parents du côté de Pierre Pruvot sont morts depuis longtemps déjà.

Les visites chez les grands-parents ont leur petit cérémonial. Les enfants prennent place autour de la table et écoutent les conversations des adultes, attendant avec impatience la tarte au libouli, dont l’odeur sucrée emplit la pièce, tandis qu’au coin du feu chauffe doucement le café mêlé de chicorée, que l’on sert dans de larges tasses.

Place du Riez, Bertry

La place du Riez, vaste espace au centre du village, qu’ils doivent traverser pour se rendre chez leurs grands-parents, est parfois animée par un marchand ambulant qui déploie ses curiosités, un saltimbanque qui attire la foule, un petit cirque ou une grande balançoire.

Les enfants regardent ces merveilles avec les yeux ronds de curiosité.

Plusieurs années passent ainsi, rythmées par le travail, l’école, les visites familiales et les fêtes modestes du village. Puis viennent des temps plus troublés

Les temps troublés

En 1870, la guerre éclate entre la France et la Prusse. Dans les villages du Cambrésis, les nouvelles arrivent par fragments : dépêches alarmantes, journaux lus à haute voix dans les estaminets, rumeurs qui circulent d’une rue à l’autre. On parle de défaites, d’armées écrasées, de villes tombées.

Mais ce qui inquiète surtout les habitants, ce sont les uhlans.

Ces cavaliers prussiens apparaissent parfois en petits groupes dans la campagne. Armés d’une lance et d’un sabre, ils précèdent les grandes troupes ennemies. Ils ne cherchent pas toujours le combat : ils surveillent, interrogent, réquisitionnent chevaux et charrettes, prennent ce dont ils ont besoin. Leur réputation les précède et suffit souvent à semer l’effroi.

Dans les villages, leur nom seul fait frissonner.

Uhlans dans école 1870

Lorsque les troupes ennemies envahissent la région, l’inquiétude devient bien réelle. Le Cateau, à quelques kilomètres de Bertry, voit passer des milliers de soldats.

Flore n’est encore qu’une enfant, mais elle n’oubliera jamais ces mois où la guerre s’était rapprochée jusqu’aux portes du village.

Et déjà, dans la maison de la rue de Busigny, un autre malheur se prépare.

En février 1873, Thérèse Chassat meurt à l’âge de quarante-deux ans. La maison perd soudain celle qui en tenait le cœur.

Deux mois plus tard, en avril, la mort frappe encore : Théodore, le fils âgé de seize ans, disparaît à son tour. On ne sait quelle maladie les emporta. La tuberculose, peut-être, ou la fièvre typhoïde, ces fléaux qui frappaient sans avertir.

Flore n’a que quatorze ans, son enfance vient de se refermer brutalement.

Dans la maison de la rue de Busigny, il faut pourtant continuer à vivre. Le métier à tisser ne peut rester silencieux longtemps : il faut travailler pour nourrir la famille. Pierre Pruvot reprend sa place devant le métier, mais l’absence de Thérèse se fait sentir dans chaque geste du quotidien. La petite Geneviève n’a que six ans. Flore se retrouve naturellement chargée de veiller sur elle, de tenir la maison autant que ses jeunes forces le permettent.

Elle apprend vite. La soupe doit être prête le soir, l’eau rapportée de la fontaine, le linge lavé, les mille petites tâches de la maison accomplies avant même que la nuit tombe. Et lorsque la journée se prolonge, il lui faut encore aider autour du métier, surveiller les fils, préparer la laine ou simplement rester là, attentive aux besoins de sa famille.

Angle rue largilliere rue de busigny

Les années défilent. En haut lieu, la France s’agite : 1870, la défaite face à la Prusse, puis la chute de Napoléon III. La Troisième République s’installe, tant bien que mal — depuis la Révolution, les Français savent que les régimes passent. Empire, république, restauration… Les drapeaux changent sur les mairies, les préfectures, les écoles.

Rue de Busigny, pourtant, rien ne semble avoir changé.

Ici, les charrettes grincent toujours sur les pavés, le marteau du maréchal-ferrant tombe sur l’enclume au même rythme, et les cabarets ne désemplissent pas.

Mais pour Flore, quelque chose a changé. L’enfant de la rue de Busigny est devenue une jeune femme.
En 1878, sa vie bascule une nouvelle fois. À la fin du mois de décembre, elle met au monde un enfant. Un garçon. Il reçoit le prénom de Théodore, comme son frère défunt.

A l’état civil, l’enfant porte le nom de sa mère : Pruvot. Le père n’est pas déclaré. Dans les villages, ces situations ne sont pas inconnues, mais elles n’en sont pas moins difficiles à porter pour une jeune fille. Peu après la naissance de Théodore, la décision est prise, son avenir se dessinera ailleurs.

Ailleurs

Elle parle de son projet autour d’elle. À Bertry, bien des familles ont déjà un parent ou un voisin parti tenter sa chance à Paris. On lui donne quelques adresses, quelques noms à retenir, des contacts qui pourront l’aider à ses débuts. Peu à peu, le départ cesse d’être une simple idée : c’est un chemin que d’autres Bertrésiens ont déjà ouvert. Entre 1879 et 1880, Flore quitte Bertry avec son enfant. Sa sœur Geneviève part avec elle. Devant les jeunes femmes  s’ouvre un autre monde : celui de Puteaux, aux portes de Paris, où leur vie va désormais se construire.

Puteaux

Rien, ici, ne ressemble à Bertry. Pas même l’air, chargé d’une odeur âcre de charbon, de métal chaud et de poussière de pierre, qui irrite la gorge et colle aux vêtements.

Flore et Geneviève découvrent un paysage qui n’en est pas un : des usines aux cheminées fumantes se dressent comme des cathédrales noires. Les maisons de brique rouge, alignées à la hâte le long des rues, semblent prêtes à basculer sous le poids des étages ajoutés en urgence. Partout monte un bourdonnement sourd, mélange de marteaux-pilons, de sifflets d’usine et des cris des marchands ambulants.

Le clocher de Bertry est remplacé ici par les cheminées des usines De Dion-Bouton, qui dominent la ville comme des géants de fer. Plus de ciel, seulement une brume grise striée de suie.

Usine De Dion Bouton 1900

Flore id 1908

Flore Pruvot. Credit photo MF Verdin.

Dans les rues, les pavés disparaissent sous une boue épaisse piétinée par les sabots, les bottes et les roues des charrettes. Les ateliers de mécanique crachent leur vacarme par les portes grandes ouvertes et, devant les bistrots enfumés, des ouvriers en bleu de travail boivent leur canon de rouge.

Elles croisent des inconnues aux visages fermés, des habitantes pressées, des enfants en haillons qui jouent entre les flaques d’eau croupie. Sur les murs, des affiches promettent du travail, des logements, une vie meilleure.

Il faudra s’y faire.

Adieu la vue sur les champs de blé. De leur nouvelle adresse, la fenêtre donne sur un chantier où des hommes soulèvent des poutres. La ville est un gigantesque atelier à ciel ouvert. Au loin, une locomotive siffle.

Puteaux ne dort jamais.

Flore y trouve rapidement du travail. Elle devient blanchisseuse, un métier très répandu dans ces quartiers populaires où le linge des familles parisiennes doit être lavé, frotté, essoré puis repassé. Les journées sont longues et fatigantes ; l’eau savonneuse brûle les mains et la vapeur chaude les bronches.

 

Xavier François Bricout

Peu à peu, Flore s’installe dans cette nouvelle existence.
Bientôt, elle croise la route de Xavier François Bricout, un homme de Caudry, comme elle enfant du Cambrésis. Entre eux, nul besoin de longues présentations : l’accent suffit. Les gens du pays se reconnaissent vite, se saluent, et souvent se rapprochent.

Mais la situation est… disons, compliquée.
Xavier est déjà marié, depuis 1873, à une certaine Adèle Delange, originaire de Normandie.
Seulement voilà : l’amour est le plus fort et les deux jeunes gens décident de vivre ensemble.

Dès 1881, son livret militaire le situe bel et bien à Puteaux, 10 rue du Mont-Valérien, et les recensements y placent Flore sous le même toit.

« Amie », note sobrement l’administration. Un mot discret, mais qui suffit à dire la réalité de leur vie commune.

Xavier id 1908

Xavier Bricout - Crédit photo MF Verdin

En famille

La vie commune de Flore et Xavier s’organise peu à peu dans une maison au 10, de la rue du Mont-Valérien. C'est un quartier résidentiel, dit le quartier des bergères, situé dans les "Hauts de Puteaux", loin des fumées d'usines,  Xavier change de métier au gré des occasions — journalier, marchand de vin, puis chauffeur.

En 1890, un premier enfant naît de leur union : une petite fille que l’on prénomme Françoise Marie. Elle est déclarée sous le nom de sa mère, Pruvot. Xavier ne lui donne pas le sien.

La présence d’un nourrisson à la maison amène alors Flore à modifier peu à peu son activité. Elle délaisse la blanchisserie pour accueillir chez elle de jeunes enfants confiés à sa garde. Dans ces quartiers populaires de la banlieue parisienne, l’Assistance publique place régulièrement des nourrissons chez des femmes chargées de veiller sur eux durant leurs premières années.

La maison de la rue du Mont-Valérien voit ainsi passer plusieurs de ces petits pensionnaires, bercés entre les murs où grandissent déjà les enfants de Flore.

La petite Françoise Marie ne vivra que deux années. Lorsque la mort l’emporte, Flore attend déjà un nouvel enfant.

En mars 1893, une autre fille naît dans la maison de la rue du Mont-Valérien : Clotilde Geneviève. Mais la vie s’éteint presque aussitôt. L’enfant ne survit que deux mois.

Deux ans plus tard, en 1895, un troisième bébé vient au monde. On lui donne les prénoms de Françoise Clotilde Geneviève, comme pour garder un peu de celles qui l’ont précédée.

Cette fois, l’enfant vit. Elle grandira à Puteaux, se mariera et fondera à son tour une famille, assurant la descendance de Flore et Xavier.

Francoise Pruvot 1908

Au XXe siècle

En 1905, son fils aîné Théodore, celui qu’elle avait mis au monde à Bertry alors qu’elle n’avait que dix-huit ans, disparaît à son tour. Marié depuis peu, il ne laisse pas d’enfant.

Les années passent. Dans la maison de la rue du Mont-Valérien, le travail continue et la vie suit son cours.

Puis un nouveau-né arrive dans le foyer. Un petit garçon confié à Flore, prénommé Pierre, né Gotteland. L’enfant n’a pas été reconnu à sa naissance par son père — une reconnaissance qui n’interviendra que plus tard.

Peu à peu, ce petit garçon prend sa place dans la maison. Il deviendra Pierre Vanhamme, et restera toute sa vie attaché à cette famille qui l’a accueilli.

(Ci-contre, le jour du baptême de Pierre en 1908, Xavier, Flore, leur fille Françoise. La fillette près de Xavier n'a pas été identifiée)

 

Baptême Pierre  Van Hamme 1908

30 ans plus tard

Trente ans déjà que Flore a posé ses valises à Puteaux.

Le temps a dispersé la famille.

Jean-Baptiste, le frère aîné, est resté au pays : en 1885, il s’est marié à Bertry, là où tout a commencé.
Geneviève, elle, a suivi le courant parisien. En 1889, elle a épousé Benoît Hulin, un homme de Catillon-sur-Sambre, avec qui elle aura neuf enfants.

Quant à leur père, Pierre Pruvot, il a fini par quitter à son tour le village de Bertry. Il a terminé sa vie chez sa fille, dans cette maison de la rue du Mont-Valérien. Le vieux tisseur s’est éteint là, en 1902, entre les murs qui ont vu grandir ses petits-enfants.

Maison rue du mt valerien

En août 1912, la maison de la rue du Mont-Valérien accueille un nouveau cri d’enfant. Flore et Xavier deviennent grands-parents pour la première fois avec la naissance d’une petite Paulette.

Quelques mois plus tard, en mars 1913, ils assistent au mariage de leur fille Françoise avec Louis Verdin. La jeune femme fonde à son tour son foyer, et la famille s’agrandit autour de ce nouveau bonheur.

 Pour Flore, qui a connu tant d’épreuves depuis sa jeunesse à Bertry, ces journées comptent parmi les plus douces.

Puis vient l’année 1916.

La guerre fait rage depuis bientôt deux ans lorsque Xavier François Bricout est admis à l’hôpital Laënnec, à Paris, où  il y meurt en janvier 1916.

À l’état civil, il est toujours marié à Adèle Delange. Celle-ci a refait sa vie par ailleurs et ne s'est jamais manifestée. Ainsi se referme une situation qui avait duré toute une vie. Xavier et Flore avaient partagé de longues années sous le même toit, élevé leurs enfants et traversé ensemble les difficultés de l’existence. Pourtant, Xavier ne divorça jamais et leur union ne fut jamais officialisée.

Après guerre

La mort de Xavier laisse Flore seule dans la maison de la rue du Mont-Valérien. Elle approche alors de la soixantaine. La fatigue de l’âge se mêle aux souvenirs et aux deuils.

Heureusement, sa sœur Geneviève n’est pas loin. Les deux femmes restent proches, comme elles l’ont toujours été depuis leur arrivée à Puteaux. Mais la guerre a frappé la famille : Émile, le fils aîné de Geneviève, est tombé dans la Marne en 1915.

En 1922, une nouvelle joie vient éclairer ses dernières années : la naissance de son petit-fils Louis Émile Verdin. La famille s’agrandit encore. Flore est désormais une aïeule, entourée de cette descendance qui prolonge l’histoire familiale.

Elle s’éteint le 21 mai 1935, à son domicile de Puteaux, à l’âge de soixante-douze ans. Derrière elle reste le souvenir d’un parcours peu commun pour une femme de son temps.

Flore Pruvot vers 1934

Conclusion

Retracer la vie de Flore Pruvot  me tenait particulièrement à cœur. Peut-être parce qu’en parcourant les actes et les souvenirs, son histoire faisait parfois surgir une autre silhouette familiale : celle de Sophie Pruvot, ma propre arrière-grand-mère, petite cousine de Flore, que je n’ai pas connue. Elles appartenaient à la même génération, à ce même monde de tisseurs et d’ouvrières pour qui la vie n’offrait guère de repos.

Mes remerciements vont à Marie-France Verdin, fille de Louis Émile Verdin, qui m’a très généreusement transmis plusieurs photographies familiales. Ces images donnent un visage à celles et ceux dont les noms apparaissent dans les actes et permettent aujourd’hui de faire revivre un peu de l’histoire de cette famille.

Cet article, exceptionnellement plus long qu’à l’habitude, doit beaucoup à son souhait de mieux connaître l’environnement dans lequel son arrière-grand-mère a vécu son enfance. D’où cette première partie consacrée au village de Bertry, à ses rues, ses maisons et à la vie quotidienne qui forma le décor des premières années de Flore Pruvot.

 

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Date de dernière mise à jour : Fri 13 Mar 2026

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Commentaires

  • Denne Didier

    1 Denne Didier Le Ven 13 mars 2026

    Merci beaucoup Dominique pour ce passionnant reportage.
    Toutes mes félicitations pour ce travail de recherches, toujours aussi précis.
    Excellente journée.
    Amicalement.
    Didier
  • VERONIQUE ESPECHE

    2 VERONIQUE ESPECHE Le Mar 10 mars 2026

    Que de photos !!!
  • christiane Bruneau

    3 christiane Bruneau Le Mar 10 mars 2026

    Bravo , belle histoire !

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