Henri Desbac était un solide gaillard, dur à la tâche et bon vivant. Célibataire, il travaillait comme bûcheron, un métier éprouvant, mais indispensable dans une région où le bois servait autant au chauffage qu’à la construction. Les habitants des campagnes, habitués aux rudes conditions de vie, devaient régulièrement braver la neige, la pluie ou le vent pour accomplir les tâches les plus banales.
Se confronter aux éléments, parcourir à pied les quelque trois kilomètres qui séparent Maurois de Bertry n’était pas pour effrayer notre homme de 38 ans. l'hiver battait son plein, la neige était tombée à gros flocons, couvrant le sol sur plusieurs centimètres. De jour le spectacle était ébouissant. Cette blancheur, au moindre rayon de lune, rendait la nuit si lumineuse.
Le 10 février 1889, après avoir passé une soirée « bien arrosée » à Maurois en compagnie de son frère cadet Jules, les deux hommes entamèrent, sur le coup de minuit, le retour vers leur domicile à Bertry. Comme à l’accoutumée, ils empruntèrent la route parfois peu délimitée et recouverte de neige. En chemin, Henri s’arrêta pour satisfaire un besoin pressant, laissant son frère continuer sans lui. Ce fut la dernière fois qu’il fut aperçu vivant.
Le lendemain matin, un habitant du village, Élie Lefèvre, croisa le corps d’Henri, étendu dans la neige, inerte. Malgré une tentative pour alerter les secours, il était trop tard : il ne put être ranimé. Si l’hiver n’était pas exceptionnellement rude, une nuit passée dehors exposé aux températures glaciales, avait probablement suffi à entraîner l’hypothermie et la mort de l’homme en état d’ivresse.