De cette seconde union naît un premier enfant prénommé Modeste, en avril 1794.
Nous sommes alors en pleine Terreur, et les prénoms ne sont plus de simples choix familiaux. L’année est celle des prénoms révolutionnaires : plantes, outils, animaux, vertus civiques surgissent dans les registres — Orme, Sarcloir, Brutus, Marat, Socrate…Dans ce foisonnement extravagant, Modeste apparaît comme un compromis idéal : un prénom moral, discret, sans référence religieuse explicite, suffisamment sage pour ne pas attirer l’attention. Un bon choix, en somme, pour traverser l’époque sans faire de vagues.
Quel fut le destin de Modeste ? Aucune trace ultérieure n’a été retrouvée. Mais sur les neuf enfants issus de la seconde union, un seul aura une descendance, Ferdinande Gave épouse Théophile Morcrette. Il est donc probable que Modeste ait disparu jeune, comme tant d’autres, parfois sans même laisser de trace écrite dans des registres malmenés par la Révolution.
Suivront donc huit naissances, après Modeste, qui s'échelonneront jusqu'en 1813. Lorsque la tempête révolutionnaire s’éloigne, les prénoms changent à nouveau de tonalité. Les enfants portent désormais des prénoms à consonance catholique affirmée, souvent composés autour de Anne ou de Joseph, retour assumé aux usages anciens, longtemps contrariés par le contexte révolutionnaire.